mercredi, octobre 25, 2006

De l'imbecillité

Savez-vous pourquoi le mot imbécillité prend deux "l"? Parce que deux ailes ne sont pas de trop pour envelopper la masse d'imbéciles en ce monde.

D'ailleurs, pas plus tard qu'hier soir, je me suis heurté à elle : elle avait l'apparence d'une dame de cinquante ou soixante ans qui allait promener son chien. Je sortais, content, de mon premier cours d'appui et je la croisais dans le couloir. Jusque là rien d'anormal. Mais voilà que je me rends compte que je ne me rappelle plus du code d'entrée de l'immeuble - sésame nécessaire pour pouvoir y entrer - et j'ai besoin de le savoir vu que je reviens donner un cours à la même personne le lendemain. A qui pourrais-je le demander? Oui, vous avez deviné, à la dame d'un âge respectable. Je m'approche d'elle et lui demande poliment :
Moi : Bonsoir, je m'excuse de vous déranger, mais j'aurai besoin d'un renseignement. Je dois revenir ici demain et je me suis aperçu que j'ai oublié le code de l'entrée.

La vieille bique (n'hésitons pas!), agressive : Non, je ne donne pas le code!

Moi, patient : Euh... Je donne un cours d'appui à quelqu'un dans l'immeuble et j'ai vraiment besoin de le savoir et comme vous habitez l'immeuble...

Le vieille bique, sèchement, tout en avançant : Vous n'avez qu'à le lui demander! Moi, je ne donne pas le code!

Moi : Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un de dangereux? (Non, mais franchement elle abuse cette vieille; je suis poli, je ne lui demande pas la lune, mais par contre j'ai la moutarde qui commence à me monter au nez : elle en a rien à foutre de ce que je lui raconte!)

La vieille peau : Ah ben ça j'en sais rien! Elle continue d'avancer, sourde à ce que je peux bien lui raconter. Vous n'avez qu'à le lui demander demain : il y a un interphone!

Moi : Oui, j'ai vu qu'il y avait un interphone. En plus elle me prend pour un débile, ouéééé, et profond visiblement. Le hic c'est qu'il ne fonctionne pas.

La vieille truie : Comment? Ha ben ça! on m'a appelé tout à l'heure, ça fonctionne très bien.

Moi : Oui, mais chez les gens chez qui je dois aller, cela ne fonctionne pas. Et en plus elle me traite de menteur; de mieux en mieux... Je tiens juste à préciser que l'interphone est un de ces appareils censé être super moderne, sur lequel il y a les noms de tous les résidents de l'immeubles, il se trouve que je l'avais essayé en venant et j'ai eu droit à un message d'erreur m'annonçant que cela ne fonctionnait pas chez ces personnes-là.

La vieille morue: Et bien ce n'est pas de ma faute si ces gens ne savent pas l'utiliser! Je ne donne pas le code! (Ca j'avais fini par le comprendre, je ne suis pas débile non plus; ce que je ne comprenais pas c'était les raisons qui la poussaient à refuser de me le donner. Comme si elle commettait un crime immense en divulgant à un étranger le moyen de pénétrer -oh mon Dieu - dans son immeuble.)

Moi, excédé : Bon, tant pis, je ne comprends vraiment pas votre attitude. Je trouve cela tellement débile. Vive la Suisse!

Elle, visiblement piquée au vif : D'abord je ne suis pas Suisse (ben voyons...). Et puis si vous êtes Français, vous n'avez qu'à retourner chez vous! (sic! et en plus elle arrive à se contredire en deux phrases; chapeau bas.)

Moi : Ah ben pas de bol pour vous je suis Suisse et Français. (Ouai, c'était totalement débile j'en ai conscience, mais j'étais tellement énervé par tant d'agressivité gratuite que je me suis mis à son niveau.)

A ce moment-là, je décidais de couper court à la conversation, non sans un "vraiment y'a des gens qui sont vraiment débiles!" et je continuais ma route.
D'un côté je comprenais qu'elle ne veuille pas donner le code à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas; de l'autre elle m'avait vu dans l'immeuble (ce qui veut dire que j'ai bien dû l'avoir pour rentrer) et je lui ai expliqué pourquoi j'en avais besoin (d'ailleurs à un moment j'étais à deux doigts de lui montrer ma carte d'identité; un peu par provocation, mais aussi pour montrer patte blanche : une manière de dire, je vous montre qui je suis, vu que vous avez "peur" de moi).

Et voilà qu'arrivé à la toute fin de mon récit, j'en viens à me demander qui a été le plus imbécile des deux!

Coco Edouard

lundi, octobre 16, 2006

1789... et nous?

Fraternité? Ce n'est qu'un cadavre enterré depuis longtemps déjà dont l'odeur, si nauséabonde, nous traverse les narines pour nous rappeler qu'un jour d'autres en ont rêvé.

Liberté? Notion inventée par de vaillants utopistes que la réalité bafoue jour après jour.

Egalité? Ah! la franche rigolade...

coco Edouard


mardi, octobre 10, 2006

Théâtre d'après Maupassant

Voici un texte que j'ai écrit cette année dans le cadre d'un cours. Le principe? réécrire la fin d'une nouvelle de Maupassant sous forme théâtrale. L'histoire est très simple : madame Caravan, vieille dame de son état, semble avoir passé l'arme à gauche. Son fils et sa belle-fille s'empressent de récupérer une horloge et une commode afin que la fille et le beau-fils (monsieur et madame Braux) ne puissent pas en hériter. Hélas, voilà que la vieille n'est pas morte, elle n'a été la victime que d'une syncope...

La scène se déroule dans le salon de M et Mme Caravan. La pendule et la commode devront être mises en évidence. Le tic tac du balancier doit être perceptible, il pourrait même rythmer les échanges entre les personnages.


MADAME BRAUX, apercevant la vieille, surprise : Vous... vous n'êtes pas... Vous... vous allez mieux?

MONSIEUR BRAUX, amusé : Allons, allons ma chérie, on dirait que tu as vu un revenant; ce n'est que ta mère. Tu vois bien qu'elle va mieux. Madame Caravant se porte comme un charme!

MONSIEUR CARAVAN, gêné : Oui... heu... Elle va beaucoup mieux. Nous nous sommes faits... heu... du souci pour rien. (Se tournant vers la vieille) N'est-ce pas mère?

LA VIEILLE, glaciale : Les syncopes ont cela d'avantageux qu'elles vous ôtent la vue, non l'ouïe!

Silence de M et Mme Caravan. M Braux sourit. Mme Braux est perplexe.

LA VIEILLE : Elles vous ouvrent aussi l'appétit.

MONSIEUR CARAVAN, à Rosalie, la bonne : Rosalie, préparez donc la table pour cinq personnes.

ROSALIE, joyeuse : J'y vais, j'y cours, j'y vole!

MADAME CARAVAN : Mon Dieu, cette bonne est folle.

Les personnages s'installent. Rosalie dresse la table. Elle est placée dans le sens de la longueur. La vieille sera placée à son bout et faire face au public; les deux couples se retrouveront en face l'un de l'autre à ses côtés. Durant le repas, la sonnette pourra, selon le désir du metteur en scène, tinter plus de fois qu'indiquer ici. A mesure que la sonnette retentira et que Rosalie fera des allers-retours entre la porte et M Caravan, celui-ci aura l'air de plus en plus mal à l'aise.

Silence

MONSIEUR BRAUX : Quelle atmosphère glaciale! (Amusé) Se pourrait-il qu'on enterre quelqu'un?

Silence gêné
Sonnerie


MONSIEUR BRAUX, hilare : Tiens voilà qu'on sonne le glas.

MADAME CARAVAN, à Monsieur Braux, du défi dans la voix : Priez pour que ce ne soit pas pour vous!

Sonnerie

MONSIEUR BRAUX, à Monsieur Caravan : Il fallait dire que c'était votre jour de réception.

Rosalie revient avec un paquet qu'elle tend à Monsieur Caravan. Il l'ouvre, ce sont des faire-part de décès. Il rougit et les cache discrètement dans son gilet.

MONSIEUR CARAVAN, voix faible, gêné : Non... non... heu des commissions (Silence. Sonnerie. Il sursaute.) Rien du tout.

LA VIEILLE, regardant son assiette : Cette viande est froide!

MONSIEUR CARAVAN, regardant sa mère, à voix basse : Hélas non!

LA VIEILLE : Je me sens un peu fatiguée. (Elle se lève et regarde la pièce.) Cette commode et cette horloge sont d'un goût exquis.

Monsieur et Madame Caravan se taisent, de la gêne se lit sur leur visage.

LA VIEILLE, à Madame Braux : Lundi, tu m'amèneras ta petite, je veux la voir.

MADAME BRAUX : Oui, maman.

LA VIEILLE : Cette commode et cette pendule sont vraiment d'un goût exquis, cependant je préférerais les revoir dans mes appartements. (A Monsieur et Madame Caravan, d'un ton cassant) Ne m'enterrez pas trop vite; je n'ai eu qu'une syncope!

Elle sort, suivie de Madame Braux.
Monsieur Braux sourit.


MADAME CARAVAN : Ca vous amuse? Vous n'êtes... vous n'êtes qu'un monstre!

MONSIEUR BRAUX : Allons, allons! Ce n'est pas moi qui enterre ma belle-mère avant même que son corps ne soit froid.

MADAME CARAVAN : Vous ne m'inspirez que du dégoût. Je vous crache à la figure (elle s'exécute).

Madame Braux revient au même instant.

MADAME BRAUX : Que fais-tu là, traînée?

MADAME CARAVAN : Ca ne se voit pas? Je crache au visage de ce qui te sert de mari.

MADAME BRAUX, se jetant sur Madame Caravan : Ne t'avise pas de recommencer, espèce de mijaurée, arsouille, pituite, gourgandine!

MADAME CARAVAN : Tu ne t'es pas vue petite salope, pétasse, putain! Tu n'es bonne qu'à te faire engrosser!

MADAME BRAUX, offusquée : Comment elle me parle? Han... han... (Elle lève sa main.) Je vais... je vais te gifler... Han... han...

MONSIEUR BRAUX, sourire aux lèvres, il la retient : Tais-toi bourrique, tu brais trop; m'en vais te ramener à l'écurie!

Ils sortent. On entend encore des cris au loin.

ROSALIE, elle tient une enveloppe à la main : Monsieur, ceci est pour vous. (Elle donne l'enveloppe.)

MONSIEUR CARAVAN : Qu'est-ce que c'est? (il l'ouvre et la lit à haute voix.) Nous avons appris la nouvelle du décès de votre mère et nous nous joignons à vous dans cette douloureuse épreuve. Veuillez accepter nos prières et notre sympathie la plus profonde. (Il pose sa tête dans ses mains. Silence.) Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à mon chef?

Rideau

Edouard


mercredi, octobre 04, 2006

Fenêtre ouverte printemps pâle
Dehors souffle le renouveau
Au loin s'entendent tristes râles
Soldats tombés en le ruisseau

Corbeaux noirâtres
Pensées saumâtres
Par la fenêtre mes idées sortent
Tombent toujours ces corps d'albâtre
Sous la mitraille
Coups qu'on leur porte

Edouard

Tableau: La mémoire, Magritte