jeudi, novembre 30, 2006

Chronique de la mesquinerie ordinaire

Quel heure pouvait-il bien être? Sept heures? Huit heures? A dire vrai, il ne le savait plus vraiment lui-même. Un cours qui s'éternise... La fatigue qui vous surprend. Ah tiens, il fait déjà nuit! L'estomac qui rapelle qu'il ne faudrait tout de même pas l'oublier. Et les lumières de la villes, mêlées à sa fatigue - il est même un peu malade - , tendent à nimber les choses d'un voile d'irréalité; pour un peu il se croirait dans une toile impressioniste.

Il attend le tram qui le ramènera chez lui. Il a un peu froid, mais c'est supportable. Ah! le voilà qui arrive enfin. Lumière froide et agressive. La porte s'ouvre, il entre. Encore un peu perdu dans ses pensées, il balaie du regard l'intérieur de la chenille - le tram lui a toujours fait penser à une grosse chenille - afin de voir s'il trouve une place assise; peine perdue.

Mais... mais là... oui, là... Tiens, est-ce possible? Ah, peut-être bien, mais... Un visage ne lui est pas inconnu, il n'en est pas tout à fait sûr; il a toujours eu de la peine à mémoriser les visages. Des cheveux blonds, encadrant un visage assez strict. Oui, oui, ce doit bien être elle. Ah elle discute avec quelqu'un d'autre. Se pourrait-il que ce soit... Oui, oui, c'est bien elle : cheveux bruns, longs et bouclés. Pas de doute.
Il balaie à nouveau du regard les deux jeunes femmes. Il est à deux doigts de lever la main pour les saluer. Son corps est dirigé dans leur direction, sa jambe déjà esquisse un début de mouvement. Ses yeux rencontrent soudain ceux de la jeune femme blonde. Il lit sur son visage qu'elle cherche dans sa mémoire où elle a bien pu le voir. Un éclair traverse les yeux de la demoiselle; ça y est, elle l'a reconnu!

Elle l'a reconnu et soudain, très brusquement elle détourne la tête. Elle l'a reconnu et elle l'ignore. Elle fait mine que non, non, je ne vous ai pas reconnu... non, je ne vous connais pas. Elle regarde fixement droit devant elle, continue de discuter avec son amie comme si de rien n'était. Non, non, je ne le connais pas. Mieux vaut le chasser des limbes de ma mémoire.

Le tram démarre. Il a été coupé dans son élan. Sa jambe finalement pivote et le pousse contre la porte, dos aux deux demoiselles. Il pourrait être triste, mais en fait non. Il sourit à son reflet sur la vitre. Tout cela l'amuse : la situation plutôt cocasse, le regard crispé de la blonde au moment où elle l'a reconnu, la rapidité qu'elle a eu de détourner le regard, sa propre naïveté qui l'aurait pousser à saluer ces personnes.

Les portes s'ouvrent à nouveau. Il descend là. Tout cela tourne dans sa tête. Oui, bien sûr, c'est évident... haha, pourquoi n'y a-t-il pas songé plus tôt. Ca tourne encore un peu dans sa tête, puis soudain le déclic ultime : pourquoi ne par raconter cette histoire, cette chronique de la mesquinerie ordinaire?

Candilicious boy

mercredi, novembre 22, 2006

La nuit

La Nuit est là, devant moi; spectre insomniaque que nul ne peut attraper. Englué dans sa toile aux contours incertains, perdu dans cette solitude que ne trouble aucun bruit, que deviendrais-je?
La Nuit est une reine implacable; elle étend son empire comme une ombre et vient s'abreuver, vampire des rêves, à la surface lunaire de ma chair.

Dans ce tunnel sans fin, dans ce vaste entonnoir d'idées sales, dans ce vide infini
- Dans la nuit même de mon cerveau -
Se perdent mes souvenirs, fantômes de vies passées.

La lumière,
Mais où file la lumière?
Pellicule qui se dévide à mesure que la vie s'allonge,
Pellicule qui s'enroule quand la vie s'arrête
La lumière,
Mais où a filé la lumière?


Où suis-je?Au plus profond de la nuit,Qui es-tu?je suis la voix qui te guide et te console.Où se trouve ce lieu?Par delà les sanglantes cicatrices qui émaillent ta mémoire,J'ai mal, j'ai si mal; pourquoi?je suis le baume qui ne répare pas mais soulage.Suffit-il de vivre pour avoir le droit d'être appelé humain?Dans l'océan noirâtre de tes pensées les plus inavouables, L'humanité n'a d'humain que son nom et en son nom s'écrivent les plus grande tragédies, les pires catastrophes! je suis le phare, étincelant saphir,Pourtant... pourtant...qui te ramène vers les rives de la civilisation.Tout ce sang, toutes ces guerres, ces menaces de conflits passés ou à venir!Je suis l'Espoir,Pourtant... pourtant...papillon souverain qui virevolte,C'est comme un air distant, comme un souffle qui réchauffe...dans la nuit de l'amphore de Pandore.Tout n'est pas perdu!

La lumière!
La lumière revient!
Il suffit parfois d'un rien : un regard, un geste,
Une main qui se tend, vous attrape et vous dit :
Mon frère
Et la lumière!
La lumière revient!

Coco Edouard

lundi, novembre 20, 2006

Visage fantôme

Les apparences sont parfois trompeuses.
Je n'ai absolument aucun talent pour le dessin : perspectives, proportions, lumière et autres, tout ça c'est du Chinois pour moi.Pourtant j'aime dessiner ou plutôt gribouiller et parfois, en laissant mon esprit divaguer, en laissant glisser le crayon, en me laissant influencer par les couleurs, l'inattendu se produit.

Tout part d'un oeil accusateur, un oeil hugolien : "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". Regard franc, direct. Puis les crayons s'emmêlent créant une chevelure automnale; c'est de saison. La bouche n'apparaît alors plus que comme un fruit, une prune sans doute. Le reste est schématique : il faut aller à l'essentiel; tout est dit en peu de traits, en peu de mots. L'essentiel est dans l'émotion.

Et parfois il suffit d'un rien pour que notre perception des choses soit modifiée : renversement des couleurs qui nous fait passer de la chaleur à la froideur, de l'automne à l'hiver, du jour à la nuit, de la vie à la mort. Un fantôme se glisse dans ce rêve étrange, semblant sortir de la tête de ce personnage dont l'oeil, auparavant accusateur, semble d'une infinie tristesse.







Coco Edouard


dimanche, novembre 19, 2006

Paranoïa, la lettre

Cher monsieur le président de la Confédération helvétique,

Nous soussignés, par la présente missive, tenons à vous informer d'un mal profond et gravissime qui ronge la population de ce pays, voire de ce monde en détresse. Ce Fléau, car nous pouvons bien le nommer ainsi, touche ces machines à cautions que l'on nomme sentiments, lesquels provoquent de grave dysfonctionnement au sein de l'équilibre fragile de notre Etat. Ce Mal est par ailleurs plus pernicieux qu'il n'y paraît de prime abord vu qu'il touche toutes les franges de la société, sans exceptions, en revêtant un masque trompeur. Oui, ce Mal est un mal hypocrite qui, sous l'enrobage d'une illusoire euphorie, est capable des pires ravages, et ce, en un laps de temps très court.

Vous comprendrez dès lors le caractère urgent de la situation; chaque seconde compte!Peut-être est-il déjà trop tard? La malédiction s'est peut-être insinuée au sein de votre propre famille. Il faut agir, et au plus tôt, afin de sauver vos enfants, vos proches, notre nation, le monde!

Cependant, on ne peut trouver de remèdes sans remonter aux causes premières de ce Fléau. Après une enquête rigoureuse, il semblerait que tous les effets convergent vers une seule et même cause: Cupidon, cet être ignoble et d'un cynisme éhonté ou, en d'autres termes, l'Amour. Car oui, songez à tout le mal causé par ce sentiment infâme : combien d'heures de travail perdues par des amoureux songeant à l'être aimé? Combien de drames causés au nom de l'amour y a-t-il eu depuis l'origine de l'humanité? Combien de larmes versées en son nom? Tolérerez-vous qu'une inégalité sentimentale puisse encore exister dans nos sociétés dites modernes, séparant les personnes en couple des célibataires? Et à cela pourrait s'ajouter une liste sans fin de tous les méfaits imputables à l'amour.

Dès lors, des mesures immédiates doivent être prises, mais lesquelles? Il faut donner plus de crédits à la recherche afin qu'elle trouve une solution à ce Mal. A chaque maladie son remède, serait-il utopique de croire qu'un remède existe aussi pour ce problème de société? Non, cela ne relève pas de l'utopie, bien au contraire! Imaginez un monde dans lequel le spectacle, ô combien répugnant et peu hygiénique d'amoureux se pourléchant en public, aurait disparu; imaginez un monde ou toutes niaiseries pré ou post-copulatoire auraient enfin cessé : fini les arbres au tronc mutilés par la lame perfide inscrivant un hypothétique amour, exit les inesthétiques grafitis "X aime Y", oubliés à tout jamais les horribles poèmes d'adolescents en manque - quelle économie de papier! ; imaginez enfin le bien être de ne plus jamais se sentir accablé par l'amertume en cas de déception amoureuse! L'humanité enfin libérée de son pire ennemi : Cupidon cupide au ventre rebondi et aux flasques fesses dont les traits blessent quiconque en est touché.

En espérant que vous prendrez les mesures nécessaires pour éradiquer ce mal, ce Fléau, que dis-je, cette pandémie, veuillez accepter nos salutations les plus distinguées.

Le clan des cocos (aidé de certaines danseuses de l'école de danse Rita Barman ayant participé au spectacle Les sept couleurs du ciel, elles se reconnaîtront si elles passent par ici)

Paranoïa?

Ils sont parmi nous. Oui, vous avez bien lu : ils sont parmi nous. Vous aviez crû pouvoir leur échapper? Hahaha, quelle naïveté. Quoi que vous fassiez, où que vous alliez, ils y sont déjà. Et peut-être que ce mal vous guette aussi, car oui, leur mal est contagieux. Qui sait si vous n'êtes pas déjà atteint! Pupilles dilatées, incapacité à réfléchir, air hagard, chute vertigineuse de QI, comportement hautement incompréhensible, sont quelques uns des signaux avant coureur de ce terrible mal.
En y prétant toute mon attention, j'ai pu constater l'ampleur des dégâts. Partout, ils sont partout : dans la rue, dans le tram, dans les bars, à l'uni, au cinéma, parfois même chez soi; j'en soupçonne même d'être enterré dans cet état!
Mais alors que font les autorités compétentes? Seraient-elles, elles aussi, atteintes de cette épidémie? Quoi qu'il en soit, il faut réagir : je m'en vais de ce pas leur écrire une lettre!

Coco Edouard

A suivre...

mardi, novembre 07, 2006

Florence Foresti - Isabelle Adjani

Pour changer un petit moment d'humour comme je les aime. Je vous laisse en compagnie de Florence Foresti et j'espère qu'elle saura, comme à moi, vous visser une banane d'une oreille à l'autre.

Coco Edouard

samedi, novembre 04, 2006

Mes matins ne sont pas en papier

Voilà, ça a recommencé. Cela faisait un moment que cela n'avait pas eu lieu. On n'y pensait même plus et soudain on se retrouve face à la réalité. Oui, ça a recommencé. Quand donc cela cessera-t-il? N'y a-t-il pas un moyen de sortir de là? Oui, ça a encore recommencé. Une fois de trop?

L'affichette laide, criarde et vulgaire annonce un nouveau drame : un adolescent s'est fait tabasser aux Acacias, il y a quelques semaines de cela. Jusque là rien de bien nouveau sous le soleil : une violence qui n'est que trop humaine. Mais voilà qu'une certaine presse s'empare d'un fait divers et en fait sa une. Ca a recommencé. Comment vendre encore plus de journaux en nourissant la peur des gens. Mon Dieu, quelle violence. Oh comme c'est horrible. Décidément il n'y a plus de jeunesse! Et les tiroirs caisses tintent à mesure que les papelards se vendent. Et l'insécurité augmente, semble-t-il.

Les jours passent et les manchettes annoncent - ça recommence - les témoignages divers de diverses personnes : le père de la victime, la copine d'un agresseur, un ami, un quidam, le chien qui passait par là. Et les journaux se vendent. Et les gens ont peur.

Coco Edouard

Tableau : Incantations, Goya