vendredi, février 23, 2007

A l'origine

A l'origine, il y avait un petit garçon de 4 ans qui commençait tout juste l'école. Nulle peur ne le tenaillait. Combien de fois avait-il accompagné ses frères et soeurs aînés jusque dans la cour de récréation, souhaitant que son tour vienne le plus rapidement possible? Combien de fois avait-il imaginé cette vie nouvelle qui le faisait franchir un cap? Il ne serait plus un poupon, ni un bébé, mais un écolier. Un petit grand en quelque sorte.


Ce jour-là, il y avait un petit garçon de 4 ans dans une salle de classe et un grand soleil au dehors. Il ne comprenait pas toute l'agitation qu'il y avait autour de lui : des enfants pleuraient leur présence ici, d'autres d'être séparés de leur maman; mais il comprenait très bien celle qu'il y avait en lui : enfin, il entrait dans ces lieux qu'il avait tant espéré, rêvé, imaginé. Ici, il pourrait apprendre. Lire. Ecrire. Calculer. Tout cela lui semblait bon, il était heureux. Il n'avait pas eu l'idée - mais comment aurait-elle pu lui traverser l'esprit? - que l'école était aussi un lieu d'apprentissage de la vie. Il allait d'ailleurs en faire rapidement l'expérience.


Il y avait un petit garçon de 4 ans, certes, mais il y avait aussi une petite fille de 4 ans dans cette classe. Et, allez savoir pourquoi, elle lui plut très rapidement, surtout qu'il passait énormément de temps avec. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il lui arrivait, mais souvent, en présence de la petite fille, il se sentait tout drôle. "Alors ce serait ça l'amour?", se dit-il un jour. Il savait qu'il était aimé de sa famille, mais il sentait que ce n'était pas le même genre d'amour.
Le temps passait. Il aimait et cela lui suffisait, mais un jour, il se demanda si elle, elle l'aimait aussi. Comment le savoir? Il ne pouvait tout de même pas le lui demander ouvertement. Alors il essayait de le découvrir par des moyens détournés. Il arriva qu'il demandât à un groupe d'enfants dans lequel elle se trouvait s'ils étaient amoureux, mais à chaque fois elle répondait "moi, je n'aime personne". Il sentait qu'elle ne disait peut-être pas tout à fait la vérité. Elle n'ose peut-être pas dire ce qu'elle pense vraiment devant tout le monde. Alors comment faire pour savoir?
Il a 5 ans à présent et il n'est pas vraiment plus avancé qu'avant, mais à cet âge là l'amour n'est pas non plus une priorité. Pourtant, un jour, il vint à raconter son histoire à un de ses grands-frères. Un conseil fût lâché. Une plaisanterie plutôt. "Si tu l'aimes, tu n'as qu'à l'embrasser." Ah! ce serait aussi simple que cela? Dès qu'il la voit il s'approche d'elle. Il va lui faire un bisou, sur la joue - ce n'est qu'un enfant après tout. Elle n'a pas l'air emballée. C'est bon, sa bouche a atteint la joue de la petite fille. Mais là, les choses ne se passent pas comme il l'avait imaginé. Pas de sourire sur le visage de l'embrassée. Non, des larmes coulent le long de ses joues. Elle pleure. Le petit garçon est embarrassé, à défaut d'être embrassé. Il fait l'amère expérience qu'un amour n'est pas forcément partagé... Ce qui ne l'empêchera pas de continuer à aimer en secret cette petite fille pendant six ans.


Cette image de la petite fille en larmes le hantera longtemps. Elle le hante encore parfois, mais il trouve désormais cette scène plutôt touchante ou amusante.
Mais laissons-le là, il sommeille maintenant et pour quelques années encore. Période de latence, tout à fait normal selon les spécialistes. Hâtons-nous de le voir réellement amoureux pour la première fois. Ah, l'adolescence... L'acnée... le malaise en toute situations... les hormones... Comment s'en sortira-t-il? Patience, patience...

A suivre

Edouard

dimanche, février 18, 2007

Comme un dimanche

Encore un dimanche de passé, ou presque. J'avoue que je n'ai jamais aimé le dimanche. Il y a quelque chose de mélancolique, ou qui me rend mélancolique, dans ce jour de la semaine. Cela provient probablement de cette sensation d'achèvement du week-end; lundi pointe déjà le bout de son nez et avec lui s'envolent les promesses de farniente, de fêtes et autres amusements.

Encore un dimanche de passé, passé seul dans ma garçonnière. Un dimanche à regarder One Tree Hill, tout en me disant que j'aurai mieux fait de lire. J'avais pourtant Le Journal du séducteur de Kierkegaard qui m'attendais, mais non, j'ai préféré me morfondre devant une série pour ados. Et plus les épisodes s'alignaient et plus je me recroquevillais, comme une araignée morte, dans une sorte mélancolique béatitude; il est parfois si doux de se complaire dans son désespoir.

Comment ne pas sentir l'aiguillon de la mélancolie m'injecter son venin... Tout est si simple, si beau, si parfait dans une fiction télévisée. Il n'y a qu'à écouter les dialogues pour s'en convaincre. Tout semble si limpide alors qu'en réalité rien n'est évident. Dans la vie réelle, les silences embarrassés se succèdent, les conversations sont souvent maladroites ou à côté de la plaque.
Et puis... et puis... il y a surtout les relations sentimentales, passages obligés dans toute bonne série de ce genre. Là aussi, tout est si simple, même quand les scénaristes cherchent à compliquer les choses, on est tellement loin de la réalité! Je crois que c'est cela qui me blesse le plus, car je me replonge dans mes jeunes années et la mise en parallèle de la fiction et de la réalité ne correspond en rien. Ou plutôt ne me correspond en rien. J'aurai voulu être comme tous ces jeunes qui alignent histoire sentimentale sur histoire sentimentale ou alors qui n'ont qu'un amour durant leur jeunesse, mais... je le dis souvent, la vie est cruelle. Arrivé à 20 ans, j'étais vierge de tout; de vie et d'amour. J'étais un habitué du " T'es sympa, mais ça s'arrête là", " Je préfère qu'on reste amis", "Je ne suis pas prête pour ce genre de relation en ce moment" et autres phrases assassines. Si je me penche sur ma vie sentimentale passée, je me rends compte qu'elle s'est inscrite en creux. Quand tous les autres expérimentaient leurs premiers flirts, moi j'essuyais mes premiers refus. Et vous n'imaginez pas les répercussions que cela peut avoir sur un adolescent timide, mal dans sa peau, persuadé d'être d'une laideur repoussante (alors qu'il n'en est rien, ce qui est un comble...) qui fait pourtant preuve du plus grand courage lorsqu'il ose enfin, malgré le malaise et les mains moites, avouer ce qu'il ressent.

"Je ne suis pas prête en ce moment pour ce genre de relation", pourtant elles étaient prêtes pour d'autres garçons que moi. Mais oui, vous savez, ceux-là qui sont si cool, si sûrs d'eux. Le genre mauvais garçons - et souvent ils l'étaient. On ne peut pas faire le poids à côté, avec notre gueule d'ange et notre air si gentil. En tout cas, je ne faisais pas le poids. Je voyais les couples se faire et se défaire autour de moi, un vrai manège; ça avait l'air amusant, mais... je n'avais pas de jetons pour participer ou alors la place était déjà prise...

Alors aujourd'hui, en regardant cette série, j'étais pris par des émotions paradoxales vis-à-vis de toutes les scènes de flirts, de baisers ou celles remplies de tendresse : je sentais ce sourire niais et béat s'afficher sur mon visage, mais en même temps j'étais remplis d'une tristesse indicible. Elles sont passées ces années, je ne peux plus rien y changer. Je ne saurai pas ce que cela fait d'avoir une petite copine durant mon adolescence. La naïveté, la fraîcheur de ces amours, je n'ai pas pu y goûter. J'ai dû me contenter de l'amertume...

J'avais promis dans un récent commentaire qu'il y aurait un retour de la gaudriole sur ce blog, mais j'avoue qu'en ce moment j'ai besoin d'exorciser mes amours de jeunesse pour aller de l'avant et l'écrit me semble un bon support. Ce qui ne veut pas dire que ces lieux vont devenir sinistres, j'aime user d'humour pour raconter des événements personnels, rappelez-vous (ici, ici et ici). Autant dire qu'un "feuilleton" concernant ma vie sentimentale passée va voir le jour d'ici peu. J'espère ne pas trop vous ennuyer.

Edouard

Ps : si mes camarades de blog veulent inverser la vapeur pour insérer de la vraie gaudriole, j'en serai ravi. Je me sens un peu seul en ces lieux, en ce moment.

jeudi, février 15, 2007

Hello earth



Voici le résultat de l'abus d'alcool de la saint Valentin de cette année...

coco Edouard

mercredi, février 14, 2007

Saint Valentin DTC

Eh oui, une fois de plus je suis célibataire en cette merveilleuse journée qui tente de célébrer les amoureux. J'aimerai pouvoir dire que je m'en fous, que tout cela ne me touche pas, que de toute manière on est mieux seul que mal accompagné, mais... Mais en réalité ça me touche, car oui je fête une nouvelle fois, une fois de trop, seul la saint Valentin - en réalité je ne fête pas puisqu'il me manque la condition sine qua non!
Ce n'est pourtant pas une raison suffisante pour se laisser abattre, je suis célibataire certes, pourtant il me semble que ce n'est pas là une maladie honteuse. Alors j'ai décidé que ce soir tout était permis : un bon repas que je me suis préparé amoureusement, une bonne bouteille de vin au nom évocateur ( "les trois pucelles") et un bon film. Si tout cela n'a pas un parfum de bonheur, je ne sais pas ce que c'est!

Ah! et à tous les amoureux transis qui bavouillent déjà obscènement, à toutes les têtes de glands qui se baladent piteusement sous la pluie - c'est siii romaaaaantique - avec un bouquet de fleurs au-moins aussi ridicule qu'eux, à toutes les connasses qui gloussent déjà en pensant au merveilleux cadeaux qui les attend, à toutes les faces de harengs qui se tiennent main dans la main, à tous ceux qui comptent copuler ce soir, je ne leur dirai qu'une chose :


Pour toutes réclamations, veuillez déposer vos doléances dans les commentaires.

Edouard

samedi, février 03, 2007

Ces étranges liens qui nous unissent

Un autre lien, lui aussi assez particulier, me rattache à mon grand-père maternel, mon pépé comme je l'appelais autrefois - il faut savoir que ma mère est française ce qui explique ces termes peu habituels en Suisse. Un lien assez étrange quand on y pense, vu que tout se passe le jour où j'appris sa mort...

Le jour où il mourut, ma mamie appela à la maison pour annoncer la nouvelle. Quel âge pouvais-je bien avoir? Seize, dix-sept ans? Oui, je crois que je devais avoir seize ans. Quoi qu'il en soit, c'était un samedi matin quand elle appela. Je le sais, j'en suis sûr, je m'en rappelle : j'étais seul à la maison à ce moment-là.
Voix triste au téléphone. Annonce grave. Mort au bout du combiné. Stupeur et apparent détachement de ma part. Ah, je dois annoncer la nouvelle à maman... C'est peut-être mieux ainsi dis-tu mamie? Ce serait trop dur pour toi de devoir le lui dire toi-même?... Je comprends. La gorge est serrée. Comme quelque chose qui ne passe pas. Ca devrait sortir, mais non. Je raccroche. Retourne à mon jeux vidéo comme si de rien n'était, mais tout à changé et mon oreille guette le retour de maman. Comment l'annoncer? Cette nouvelle va être un choc; elle l'est pour moi! alors pour elle qui est sa fille... Et puis maman est parfois si fragile.

Il fait beau dehors, peut-être encore un peu froid, mais c'est sûr il fait beau. Midi arrive et eux aussi vont arriver et elle va arriver et c'est bientôt ma parole de mauvais augure qui les accueillera, qui l'accueillera.

La porte s'ouvre. C'est toi maman? Maman, c'est toi? J'ai quelque chose à te dire. La gorge est serrée. J'ai quelque chose à te dire, c'est quelque chose de grave! Sourire incrédule de maman. J'ai l'habitude d'être un farceur, mais au ton de ma voix elle a déjà compris, j'en suis sûr. Pourtant, il lui faut entendre ces mots. Prononcer la sentence. Maman, j'ai quelque chose à te dire, c'est très grave; il vaut mieux que tu t'asseyes. Il faut le lui dire, ces mots assassins. Maman, j'ai quelque chose à te dire, c'est très grave; il vaut mieux que tu t'asseyes : pépé, ton père, est mort ce matin. Et son visage se décompose dès qu'elle entend le mot père. Elle a compris immédiatement. Non, c'est pas vrai! dernières paroles de la petite fille en elle. Ce sont d'ailleurs des sanglots d'enfant qui éclatent juste après. Et pour elle, et pour moi.

Maman, j'ai quelque chose de grave à te dire; il vaut mieux que tu t'asseyes : pépé, ton père, est mort. C'est avec ces quelques mots (ou à peu près) que je lui ai annoncé cette mort. Inconfortable situation pour un adolescent. Je ne la souhaite à personne.
Ce qui est ironique quand on y pense, c'est que je porte le prénom de mon grand-père paternel décédé l'année même de ma naissance, et voilà que c'est moi qui doit annoncer le décès de mon pépé à ma maman. Des deux côtés de ma famille je suis en lien avec mes grands-pères et, plus fort, ce lien est en rapport avec la mort...

Edouard

Tableau : Magritte, Liberator