vendredi, mars 30, 2007

Souvenirs d'une hutte de sudation

Pierres rougissent dans l'âtre
Pierres suent des odeurs de sauge ou de cèdre
Pierres fument sous l'effet de l'eau

Souffle Grand-Père et emmène-nous à travers les 4 portes
Embrase nos corps nos coeurs nos âmes
Prends-nous par la main guide nos pas sur le chemin
Spirituel

Nous sommes dans le noir
Souffle sur nous Grand-Père
On ne fait plus qu'un avec le Grand Tout
La porte du
Physique
Est ouverte
Souffle Grand-Père
Dans le noir sommes-nous encore?

Bruits de tambours s'emballent hors et dans nos coeurs
Transpercent profondément l'enveloppe charnelle
Une voix s'élève
Une autre une autre encore
Chant fraternel

La lumière revient éblouissante et claire
Souffle Grand-Père souffle
Tiens-nous la main
Emporte-nous
La porte du
Mental
Est au-devant

Noir revient

Les pierres rougeoient
Toujours
Et expirent bruyamment sous l'effet de l'eau
Ah qu'il fait chaud!
Mais le chant nous soutient
Traverse le mental
Murmure la voix du Grand-Père
Expirante fumée
Sur les pierres

La hutte s'assombrit à nouveau
Il fait de plus en plus chaud

Au-dedans profondément en soi se dresse la porte des
Emotions
Le souffle de Grand-Père pleure à grosses gouttes
Oh oui pleure pleure sur nous
Pleure ces larmes que l'on retient aux barrages des yeux
Pleure pour nous
Exprime nos émotions enfouies au plus profond
Fais les sortir à grosses gouttes
Par toutes les pores de notre peau
Que notre corps libère ce que retiennent les yeux
Et quand la douleur sera trop vive
Ouvre la porte ouvre la porte!

Edouard

mercredi, mars 28, 2007

Recensement?

Oyez, oyez bonnes et braves gens,

Voici donc qu'entre les ans de grâce 2006-2007, un incroyable prodige aurait lieu dans la vie de ma famille. En effet, dans cette grande tribu qui vit naître sept enfants de 68 à 83, dont cinq seraient mariés en 2006, dans cette grande tribu, disais-je, on comptabiliserait pas loin de trois nouvelles naissances en l'espace de quatre mois. Bigre serait-ce donc une nouvelle sorte d'épidémie? Après la peste bubonique, après la maladie de Creuzfeld-Jakob, après le SRAS, voici la nouvelle épidémie : les grossesses à répétition. Déjà que l'année précédente on avait eu droit aux mariages à répétition... Je veux bien que bis repetita placent, mais quand même. Surtout que des petits enfants, il y en avait déjà six! On ne peut pas dire que c'était la pénurie, alors maintenant, on en est presque au n'en jetez plus la coupe est pleine.

Sauf que... Sauf qu'à la vérité, sous mes airs de bougon notoire (si, si, je vous assure. Quoi, vous ne l'aviez pas remarqué? Vils flatteurs...), j'avoue que j'adore le rôle de tonton. Ne m'appelez pas oncle, c'est trop guindé et puis tonton ça rime avec concon; autant ne pas trop se prendre au sérieux. Ca y est je deviens gâteux. Mais c'est pas de ma faute, je vous assure; ils sont responsables, eux, les parents : pourquoi faut-il qu'ils fassent des bébés aussi A-DO-RA-BLES qu'ils se sentent obligés de mettre dans vos bras? Je puis vous assurer que, même en y mettant toute ma volonté, je n'ai pas pu m'empêcher de fondre. D'ailleurs, n'avez-vous jamais remarqué comme les gens perdent tout amour propre en présence d'un poupon? Arrreuh arrreuh, mais oui oui oui, guiliguili, takatak proutchiiii gadaaa, iyaaaaaaa, gouzougouzou gueuleu gueuleu... Edifiant, n'est-il pas? Et ne riez pas, un jour aussi cela pourrait vous arriver - ça arrive même aux meilleurs d'entre nous... Au départ on se sent vraiment très stupide de le faire, mais la gêne disparaît très très rapidement, surtout si le bébé se met à sourire ou rigoler quand vous faites ces cris absolument ridicules. Ils nous encouragent, les salauds! Par ailleurs, on comprend mieux pourquoi ils rient; on doit avoir de ces têtes en faisant cela...

Tout ça pour vous annoncer la venue de ces trois petits bouts tout chouchou : Léonie, la fille de ma petite soeur (eh oui, ma petite soeur a un bébé. Soupire) le plus beau bébé que j'aie vu jusqu'à présent (enfin, jusqu'à ce que j'en aie!); Tristan, au prénom si littéraire et dont je serai le parrain; et Théo, le dernier arrivé dans la farandole des neveux nièces. Bienvenue à eux trois dans notre grande famille de doux dingues.

Edouard

MICHELANGELO, La Sainte famille

lundi, mars 19, 2007

Comme un rêve

On ne se souvient réellement que de ses premières amours. Tout le reste n'est ensuite que vagues répétitions sur le même mode, ou presque... Alors revenons à l'essentiel. L'enfance c'est déjà fait, première étape sans réelles conséquences : amours angéliques, détachées de tout aspect corporel. On aime et ça nous suffit.
L'adolescence vient compliquer la donne : non seulement on devient un étranger pour les autres, mais aussi pour soi-même. Qu'est-il devenu l'enfant dans le miroir, celui qu'on avait l'habitude de rencontrer jours après jours? Envolé! disparu! A la place, c'est le visage d'un presque inconnu qui nous regarde, nous observe, nous scrute. Des boutons poussent sur une peau grasse sur laquelle un fin duvet pousse lui aussi là où, plus tard, il y aura de la barbe. Et ces boutons ne sont que le reflet externe de l'agitation intérieure : nous ne sommes plus que des concentrés d'hormones et tous nos désirs gonflent, enflent dans ces purulences qui parfois éclatent.
C'est ainsi revêtu d'un habit de malaise que l'on se dirige vers cette quotidienne prison que l'on appelle école. On a beau dire, et même si j'appréciais d'aller à l'école, à cet âge-là on ne se sent pas particulièrement concerné par ce que l'on peut apprendre en cours. On a déjà tellement à faire avec soi-même et avec les autres. Les autres! ah les autres! et surtout les autres encore plus autres : les filles. On a tous en mémoire le souvenir d'un pincement au creux de l'estomac à la vue d'une personne qu'on appréciait plus que plus; encore faut-il se l'avouer...

Je me rappelle la première fois que je l'ai vue, elle. J'étais au cycle d'orientation (collège pour vous autres Français). Je m'étais assis à côté d'elle lors du premier cours de math. Nous avions un peu discuté ensemble. Plutôt sympa. Plutôt mignonne. Rien de plus à dire, Cupidon n'avait pas encore fait tomber le ciel sur ma tête. J'aimais passer du temps avec elle pour rigoler, je faisais le pitre, elle riait; elle plaisantait, je riais. Une année s'écoula ainsi, dans l'insouciance la plus totale. La deuxième année commença, j'étais content de retrouver mes camarades de classe et bien évidemment de pouvoir à nouveau délirer avec elle. Ce que j'ignorais, c'est qu'un événement sans réelle importance allait changer la donne. Et il est dommage qu'il n'ait pas eu lieu un peu plus tôt dans l'année, car il arriva vers la mi-avril, début mai; autant dire à la fin de l'année.

Cela se passait durant la promenade d'école et, chose étrange, nous étions dans mon village. Nous nous trouvions juste en dessous de l'école dans laquelle j'avais passé toute ma scolarité primaire, juste devant la boulangerie dans laquelle nous allions acheter des bonbons sitôt les cours terminés. Je discutais avec elle, nous étions plutôt proche. Et voilà qu'un camarade de classe s'approche d'elle et lui dit : "Dites donc, vous êtes tout le temps ensemble... Pourquoi tu ne sortirais pas avec lui?" Silence gêné, elle me regarde, me jauge et répond simplement : "Oui, pourquoi pas", en haussant les épaules. Là, le camarade se tourne vers moi et me demande : "Et toi, tu veux sortir avec elle?" Je rougis un peu, et réponds : "Bien sûr que je veux". Puis je lui prends la main. Sensation d'euphorie intense...

Je me réveille en sueur, avec une drôle de sensation dans mon corps : un boucher serait-il passé durant la nuit et aurait-il planté un de ses crochet dans mon ventre? Quel rêve étrange! Est-ce que?... Serait-il possible que?... A la simple mention du nom de cette fille, le crochet se retrouve à nouveau dans mon ventre, mes boyaux se resserrent, mon souffle se coupe; un sourire béat s'affiche sur mon visage. Non, non, non, ce n'est pas possible. Je la croise à l'école et à nouveau l'étrange sensation se reproduit. Alors c'est donc ça, je suis amoureux...

A suivre

Edouard

samedi, mars 10, 2007

Giboulées

C'était une froide et pluvieuse journée de mars. Une de ces journées qui semble vous dire "reste chez toi, tu y seras bien mieux". Pourtant j'avais pris mon courage à deux mains et m'étais engouffré dans les rues glaciales de la ville. La pluie tombait en paquets d'aiguilles fines, si fines qu'elle mordait mon visage et mes mains, seules parties de mon corps qui n'étaient pas recouvertes d'une épaisse et chaude couche protectrice. L'hiver est rude en nos régions.
Après un quart d'heure environ, grelottant, j'abandonnais l'idée même de me promener et m'engouffrais dans le premier café venu afin de me réchauffer autour d'un chocolat brûlant. J'étais, comme à mon habitude, seul, mais, prévoyant de nature, j'avais emporté avec moi un livre au cas où.
Sitôt la première page tournée, la froide journée de mars s'évanouit dans ce mouvement si cher aux lecteurs et fit place aux ardents rayons d'un soleil estival. Je quittais mon espace pour rejoindre celui, plus exotique, du Japon. Je partageais pour quelques heures le destin étrange et bouleversant de Yoshioka, étudiant en quête d'amour et d'argent, et de Mitsu, jeune fille au coeur d'or qu'il séduit et rejette.
Mon coeur s'était-il ramolli en raison de ce soleil de papier? Toujours est-il que je ne pus réprimer quelques sanglots à la lecture de certains passage d'une cruelle et triste beauté; pages traitant de la solitude, la lèpre, l'abandon.

Autour, le monde continuait de s'agiter comme si de rien n'était, alors que je levais mes yeux rougis par l'émotion procurée par ce livre. Les livres renferment des vérités solitaires et muettes que l'on ne peut partager. C'est un secret que l'on garde en soi à l'abri de la face grimaçante du monde; un secret qui vous rend plus solitaire et vous emplit néanmoins de son murmure de parchemin. On est moins seul quand on lit et il arrive parfois de trouver la vie plus réelle dans les livres que dans le monde lui-même.
Ainsi séparé des autres, à l'abri dans une bulle invisible, je contemplais les rues anonymes et leurs sourdes agitations. Tout cela était-il bien réel? Tout cela avait-il un sens? Une irrépressible envie de rire m'envahit. Tout cela paraissait si absurde que c'en devenait drôle. Qu'est-ce qui pouvait bien agiter l'humanité? Quels univers, quelles envies, quelles attentes se cachaient derrière la fragile dureté de nos boîtes crâniennes? Quelles noires pensées plissaient le front de cette dame à l'allure si irréprochable? Quelle est cette tristesse qui se terrait au-delà du sourire douloureux de cet homme en apparence si jovial? Quels secrets enfermait cet enfant taciturne?
J'aurais pu continuer ainsi pendant longtemps encore, mais voilà que ma mélancolie fut arrêtée par l'arrivée d'un bon chocolat bien chaud. La fumée emplissait déjà mes narines et mon coeur de son odeur délicate et sucrée. Le bonheur tient à peu de chose parfois!

Edouard

jeudi, mars 08, 2007

De la concision, bon sang!


Parfois j'en ai trop marre!!!


Edouard