Il y a quelque chose d'intéressant dans le prénom que je porte, mais en même de temps de difficile à assumer. Mes parents m'ont appelé Edouard, ce qui, en vieil Anglais, signifie gardien des richesses. Aujourd'hui, je trouve que c'est un très beau prénom et, tout comme certains vins, il va en se bonifiant avec l'âge.Hélas, imaginez un enfant porter ce prénom... il y a bien là quelque chose de pesant; et dans mon cas, ça l'était doublement : au manque de légerté de ce patronyme venait se rajouter le fait que je porte le même prénom que mon grand-père que je n'ai jamais connu, vu qu'il eût la géniale idée de mourir l'année même où je naquis! Pas facile de porter le nom d'un mort; vous traînez un fantôme dans ce qui constitue une part importante de votre identité et, dans mon cas, d'autres éléments venaient alourdir encore cela. En effet, des tensions familiales importantes avaient eu lieu suite à un scandale familial important : le fils aîné, prêtre de son état, avait défroqué et, dès ce moment, mon grand-père, peut-être par forme d'auto-punition, avait laissé un de ses autres fils gérer de bien mauvaise manipre l'entreprise familiale (agriculture, mais avant tout une cave à vin) : de l'argent fut très mal investi, perdu et assez rapidement la cave eut des soucis financier. Mon père chercha à s'opposer à ces mauvais investissement et une brouille éclata entre certains membres de la famille. Je passe les détails, car ce n'est ni vraiment intéressant, ni vraiment primordial dans ce que je veux raconter.
L'autre élément qui venait peser sur ce prénom provenait de l'implication de mon grand-père dans la vie du village : instituteur, il avait vu défiler bon nombre d'habitants sur les bancs d'école ( et nombreuses furent ces personnes à me "rappeler" qu'elles avaient eu mon grand-père comme instit); il avait aussi créé et dirigé la chorale paroissiale, et Dieu sait si ces choses ont de l'importance dans la vie d'un village!; c'était grâce à lui que la première banque agricole ouvrit; et il mit aussi en place la première caisse d'assurance du village; à tout cela venait s'ajouter quelques tentatives, ratées, de faire de la politique. En somme, il avait réussi, au niveau du village, ce qu'il avait plutôt raté au niveau familial : créer une cohésion et une dynamique qui permettaient aux gens de vivre plus agréablement - je schématise!
Toujours est-il que pendant longtemps j'ai senti, sans réellement comprendre pourquoi, de la difficulté à porter ce prénom. C'était comme s'il ne m'appartenait pas vraiment, comme quelque chose qui m'était étranger. Pire, j'ai été jusqu'à haïr ce prénom; aujourd'hui je comprends mieux pourquoi! On ne devrait jamais mettre le nom d'un mort récent et de la famille à un enfant; il finit toujours par porter, d'une manière ou d'une autre, le poids d'un destin qui ne lui appartient pas. Et c'est déjà pas facile de composer avec son destin, alors si en plus on nous met des bâtons dans les roues...
Edouard
Tableau : Saturne dévorant ses enfants, Francisco Goya
L'autre élément qui venait peser sur ce prénom provenait de l'implication de mon grand-père dans la vie du village : instituteur, il avait vu défiler bon nombre d'habitants sur les bancs d'école ( et nombreuses furent ces personnes à me "rappeler" qu'elles avaient eu mon grand-père comme instit); il avait aussi créé et dirigé la chorale paroissiale, et Dieu sait si ces choses ont de l'importance dans la vie d'un village!; c'était grâce à lui que la première banque agricole ouvrit; et il mit aussi en place la première caisse d'assurance du village; à tout cela venait s'ajouter quelques tentatives, ratées, de faire de la politique. En somme, il avait réussi, au niveau du village, ce qu'il avait plutôt raté au niveau familial : créer une cohésion et une dynamique qui permettaient aux gens de vivre plus agréablement - je schématise!
Toujours est-il que pendant longtemps j'ai senti, sans réellement comprendre pourquoi, de la difficulté à porter ce prénom. C'était comme s'il ne m'appartenait pas vraiment, comme quelque chose qui m'était étranger. Pire, j'ai été jusqu'à haïr ce prénom; aujourd'hui je comprends mieux pourquoi! On ne devrait jamais mettre le nom d'un mort récent et de la famille à un enfant; il finit toujours par porter, d'une manière ou d'une autre, le poids d'un destin qui ne lui appartient pas. Et c'est déjà pas facile de composer avec son destin, alors si en plus on nous met des bâtons dans les roues...
Edouard
Tableau : Saturne dévorant ses enfants, Francisco Goya


