mercredi, mai 23, 2007

Les temps changent

Avant, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais toujours "je ne sais pas". Ca ne posait pas trop de problèmes tant que l'on était dans l'insouciance de l'adolescence, mais plus le temps avance et plus la question est légitime.

Aujourd'hui, quand on me demande ce que je compte faire après avoir fini mes études, je peux répondre. Il me semble que j'ai enfin trouvé ma voie. A bientôt 25 ans il était temps... Ai-je fait le bon choix? L'avenir le dira et puis je vais faire en sorte de me confronter avec ce milieu tout bientôt, je verrai alors. Et dire qu'il y a une année en arrière, je refusais catégoriquement d'envisager cette possibilité. Non, non, ce n'était pas pour moi, plutôt mourir que de faire ce travail. Fontaine je ne boirai pas de ton eau... Eh ben voilà le résultat, on fait le malin et au final c'est bien ce métier que je refusais qui s'offre à moi. Le pire dans tout ça c'est que je risque d'aimer ça...

Les temps changent!

Edouard

PS : Oui, je compte bien devenir prof. Pfffoui, trop bizarre de le dire!

lundi, mai 14, 2007

Qu'ajouter de plus?

Tableau de Yoshitaka AMANO

Nous n'avons pas en ce moment des points de vue élevés, parce que le monde est affolé par la politique. Ce qui devrait être fait, c'est de dépolitiser la culture et de culturaliser les hommes politiques. Mais en ce moment, tout le monde ne verra que par les yeux de la politique, et l'évasion c'est le sport.
Je crois que nous assistons à un énorme abrutissement, dont les intellectuels sont en grande partie coupables. Ils ne savent pas que la politique qui est, en principe, l'organisation des rapports humains possibles dans la cité, est devenue une énorme désorganisation. En effet, on ne peut pas organiser pour organiser; on organise pour que les gens puissent faire quelque chose; c'est-à-dire on organise pour qu'ils vivent une vie "culturelle". Qu'est-ce que c'est que cette vie culturelle? Eh bien, c'est de faire que les gens puissent penser chacun dans sa solitude en apportant au groupe le fruit de ses méditations, pour que l'individu s'épanouisse, pour qu'il pense. Or, nous sommes subjugués maintenant par la raison d'Etat qui permet tout : les génocides, les massacres, la mise au pas des intellectuels. C'est-à-dire la mort spirituelle.

Entretien de Eugène Ionesco avec Pierre-André Boutang et Philippe Sollers, publié dans Tel Quel, hiver 1978.

mercredi, mai 02, 2007

Digression sur la danse

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer...

Ces quatre murs qui m'entourent, le silence de mon studio; tout cela m'oppresse parfois. Besoin d'espace, m'y déployer - oiseau qui étend ses ailes pour danser.
Danser, le mot est lâché. Quoi que je fasse une force me pousse à y revenir sans cesse. Non pas que j'aie un réel talent dans ce domaine - à presque 25 ans, il est un peu tard - mais... un désir, une envie, une flamme m'habite. Danser est en quelque sorte une forme d'oxygène; sans, je dépéris. Bouger, mouvoir mon corps dans l'espace, exprimer quelque chose avec ce matériau brut; entrer en contact avec l'autre sans l'usage de la parole, mais avec la force du silence et cette corporéité que l'on bafoue ici, en Occident. On a beau dire, on a beau faire : le corps reste un tabou ou, au-moins, quelque chose de problématique. Commen revenir sur des millénaires de refus, de rejet, de déni? A l'origine même de la pensée occidentale se terre cette problématique : le corps rejeté. Il est un tombeau pour l'âme, il l'empêche de s'élever pour rejoindre le monde des Idées. Nos sensations sont trompeuses. Ah, la chute originelle, le péché! Expliquée, elle aussi, par cette faiblesse toute corporelle.

Voilà pourquoi la danse m'attire autant. Elle me permet de réconcilier l'inconciliable. Sans elle, je serais prisonnier, j'aurai perdu contact avec cette part de moi qui, même si elle est périssable et mortelle, n'en est pas moins digne et respectable.
Ah! douce ivresse de la danse; à la fois lâcher prise et maîtrise, construction de sens à partir du mouvement, Inspiration et Expiration originelle, souffle créateur premier. Le premier art ne peut être que celui-ci : la danse! Avant même la musique, avant même la maîtrise du trait et des couleurs, avant même la parole, il y avait le mouvement. Un mouvement qui faisait lien entre l'humain et le divin. Peut-être de là découle ce caractère quasi sacré, religieux que l'on éprouve à la vision d'un spectacle de danse?

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer!

Et ce ne sont pas les quelques mètres carrés de mon studio, aménagés à cet effet, qui me le permettent. Alors je glisse, virevolte, pirouette sur ces pages (étriquées elles aussi, mais néanmoins plus ouvertes), je troque mes ailes de danseur pour la plume et l'encre. Cependant en mon ventre, ce lieu d'où partent tous les mouvements pénétrés et ressentis au plus profond, avec parfois grande violence; en mon ventre, disais-je, bouillonnent ces envies, ces désirs, ce besoin essentiel et vital de communiquer par le corps ce que la bouche retranscrit si imparfaitement...


Edouard

Vidéo : Cullberg Ballet, Sleeping Beauty, Musique de Tchaïkovsky, chorégraphie de Mats Ek.