Affichage des articles dont le libellé est Mélancolie des jours ordinaires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mélancolie des jours ordinaires. Afficher tous les articles

samedi, septembre 01, 2007

Jour(s) de pluie

Le mois d'août touche à sa fin et pleure à grosses et fraîches larmes, annonçant déjà la fin de l'été...

Hier il faisait lourd, terriblement lourd. Un couvercle de nuages avait emprisonné l'air de la ville. Non seulement il faisait chaud, mais en plus il faisait moite. Une touffeur comme on en a rarement l'habitude ici nous enveloppait, nous embrassait et nous recouvrait d'un manteau de sueur. L'heure était à la torpeur, au repos, au farniente. La ville étouffait littéralement; il n'aurait pas fallu s'agiter de trop.

Ainsi pris dans ces vapeurs, le temps s'égrénait à mesure que le couvercle se refermait un peu plus sur nous. Nous étions pris au piège, suppliant le ciel de se fendre, de se déchirer et de consentir à enfin déverser sur nos existences étuvées un filet rafraîchissant et revigorant. Las, de son oeil de coton il observait la cité du bout du lac dont les corps étaient à la pluie et, visiblement, cela l'amusait.

Le soir se referma sur nous comme une trappe. Pas une seule goutte, si ce n'est de sueur, pas l'ombre de lueurs d'étoiles ou de lune laissant espérer un départ prochain des nuages. La nuit s'annonçait pire que le jour, engloutissant avec elle tout espoir. On entendait s'élever çà et là le ronflement régulier des ventilateurs qui ne faisaient que brasser un air humide et moite. Le temps avait-il décidé de se conformer à cette ambiance indolente, traînant tant et tant qu'il semblait ne plus avancer?

Un espoir arriva au milieu de la nuit. Une fine brise, à peine perceptible, courait dans quelques rues, mais l'espoir retomba aussi vite que le vent qui l'avait apporté. La ville n'était plus qu'un long râle qui gonflait, gonflait autant que le couvercle de nuages posé au-dessus d'elle.
Puis le ciel se fendit en un grand bruit, se zébra et s'illumina. Etait-il en train d'enfanter, soufflant, poussant, criant de toutes ses forces? Un spasme le secoua à nouveau. La terre trembla. La foudre venait de frapper, de son doigt accusateur, quelque ruelle mal éclairée. La sentence avait été prononcée. On eut juste le temps de compter un, deux, trois et le ciel enfanta : une pluie fine et fraîche se déversa sur la ville, sur nos vies; nous pouvions à nouveau respirer.

Edouard

Tableau : Monet, Londres

lundi, août 27, 2007

Je digresse à nouveau, il fait beau

J'écoutais l'autre jour le premier album de Martha Wainwright, oui oui la soeur même de Rufus, d'abord d'une oreille distraite puis, après quelques minutes, son travail m'enthousiasma de plus en plus.
Et là au détour, confiant, surgit l'impensable : Martha Wainwright m'avait tuer, pour reprendre une formulation qui a fini par devenir un vrai cliché. La troisième chanson, au niveau de l'atmosphère qu'elle dégage non en raison de ses paroles, j'avais l'impression que Martha, par l'intermédiare de celle-ci, avait réussi à capter ce à quoi ressemble ma vie en ce moment. Quelle étrange sensation! 3 min 33 de pur bonheur, d'enchantement auditif nappé d'une élégance incroyable et d'une douce mélancolie...

Toute mélancolique qu'était cette chanson, elle me procurait un bien être fou, un sentiment de plénitude et de réconciliation avec moi-même. Je ne pus m'empêcher de l'écouter encore et encore. Cette chanson est juste miraculeuse! Vraiment, comment s'attendre à se retrouver face à quelque chose qui vous parle à ce point, qui, quelque part, vous ressemble?

Martha Wainwright avait réussi là un vrai tour de force : un moment de bonheur aussi fin que du papier à cigarette. Une chanson en équilibre : à chaque instant on n'est pas loin de basculer dans la tristesse la plus totale, l'oeil humide mais le sourire néanmoins affiché sur ses lèvres.
Il y a de la pudeur et de l'humilité aussi dans cette chanson qui semble vous prendre par la main et vous entraîner dans un autre lieu, dans une autre époque aussi, peut-être. C'est comme regarder de vieilles photos jaunies par le temps et qui vous font revenir en mémoire des souvenirs vagues et flous. On est submergé d'émotion et en même temps délicieusement euphorique. Le cheminement de la pensée se délie et s'accouple avec l'imagination : tout semble possible et en même temps rien ne se passe. On jouit simplement d'un moment hors du monde.

Rien que pour cela je me devais de féliciter une telle artiste et, si j'en avais les moyens, enocourager une telle entreprise. C'est désormais chose faite.

Edouard

mardi, juillet 31, 2007

Migraine

Pression trop forte dans la tête
Idées terrifiantes tournent et cognent
Passent et
Reviennent
En un bourdonne-
Ment lancinant

Vénéneuse fleur tu crois
Et prends racine dans les racines même du cer-
Veau
Synthétisant à la lueur blême d'idées persistantes
De quoi vivre mille ans
- Ô fleur bleu de la mélancolie

Tout un jardin pousse à présent
Figures

Maléfiques
et
Faméliques

Cortège macabre d'aberrations
Parade grotesque
Foire aux monstres ob-
Scènes
-Troupeau de mes idées sales

Evolution humano-bizaroïde
Des êtres informes se traînent et se tortillent
Dans d'obscurs recoins de mé-
Moires
Ignobles vers envahissent ces cadavres vivants
Les embrassants ignoblement
L'amour est à ce prix

De l'Amor à la Mort
Souffle le vent de nos existences

Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans ma tête?
Un grand fracas
Déchire le voile du cauchemar
Tout tourne ou se renverse ou se confond
Dans cette tête ou-
Verte
Puis file lumière de feu
Au dehors
- Ma paix est à ce prix :

La solitude

Adoré Dousuraz
Tableau de Jérôme Bosch

samedi, juillet 14, 2007

Digression, cela faisait longtemps, non?

Mes 25 ans approchant à grands pas, je n'ai pu m'empêcher de faire un bilan de ces années passées et mon Dieu qu'elles ont filé! A peine ai-je eu le temps de me retourner que 5 ans s'étaient déjà écoulés! Et si j'ai souvent l'impression que peu de choses ont changé, je dois bien avouer qu'en réalité, si je suis plus objectif, j'ai quand même sacrément évolué : déjà, je suis plutôt autonome, capable de prendre des initiatives de toutes sortes, je paye mon loyer et autres factures et j'arrive à m'en sortir avec trois fois rien question finance; je trouve aussi que je suis beaucoup plus mâture et plus sûr de moi qu'à une époque pas si éloignée que cela; j'ai aussi réussi à me créer un nouveau cercle d'amis et ai réussi à faire appel à cette partie de moi si sociable; enfin, je crois avoir réussi à enlever les chaînes de mon moi plus séducteur et cela me sied bien et fonctionne!
Il n'en reste pas moins que je suis certes encore célibataire, mais néanmoins j'ai de nombreuses possibilités auprès des femmes et, surtout, j'arrive à voir dans leur regard que je leur plais. Et ce n'est pas rien pour quelqu'un qui s'était persuadé d'être repoussant -ah! adolescence, monde impitoyable! Il n'empêche que cela peut parfois être troublant de sentir ces regards quand on n'en a pas forcément l'habitude. C'est quelque chose que je dois, en quelque sorte, apprivoiser, mais je mentirais si je disais que ce n'est pas flatteur et franchement agréable. Pour un peu, j'aurai tendance à penser que je traverse une phase un peu narcissique; ça passera.
Néanmoins, je sens, je le sens bien, que j'ai un énorme besoin d'affection. Ce n'est pas tant l'aspect sexuel d'une relation qui me manque (bien qu'il soit présent lui aussi), mais le côté tendre, doux, les baisers, les caresses; se sentir apprécié en somme. Ma vie affective est un désert en ce moment et c'est moi-même qui ai déversé le sable dans le jardin de mes amours.

J'ai lu, il n'y a pas très longtemps, un livre de Shûsaku Endô qui m'a bouleversé : Le Fleuve sacré. A un moment, un personnage ou le narrateur dit une phrase du style (je devrais prendre l'habitude de les noter précisément...) : tout Homme porte en lui une tragédie, toute sa vie consistera à réagir, à dépasser ou non celle-ci.
La mienne concerne l'amour et ce désir si grand que j'ai d'aimer et d'être aimé; désir systématiquement déçu. Je ne sais si cela paraît niais, pourtant je sens bien que c'est un vide énorme dans ma vie. Ce cahier porte en lui des pages entières à ce sujet et ne me fournit aucune réponse, aucune certitude concernant ce déficit de ma vie sentimentale. J'ai sûrement une attente trop grande vis-à-vis de l'amour, je ne le nie pas, mais est-ce une raison suffisante pour que je ne puisse y goûter? L'Amour est enfant de Bohème et n'a jamais, jamais connu de loi et je devrais me rappeler plus souvent qu'Amour, devenu aveugle, a pour guide Folie... Soyons fous alors, l'amour est à ce prix!

Adoré Dousuraz

Tableau de KLIMT

dimanche, juillet 08, 2007

Memento mori

Ci-gît derrière moi le cadavre blanc
Cercueil de verre
Mon testament

J'ai croqué la pomme
Pâmé tombé souf-
fle coupé

Parmi les glaces on m'
Ensevelira
Dans ce pays froid où vit Gerda
Et une reine au coeur empli de haine

Ô vol blanc d'oies sauvages
Je ferai moi aussi un étrange voyage
Là où pataugent de tristes canards

Esseulé
Harassé
Fatigué
Déliquessence du cygne des sens
Je partirai en un vertige
Retrouver la fille de l'air
Dont le sépulcral amour se dresse face à la mer

Au port de Copenhague

Adoré Dousuraz

Tableau : Sirène, Edvard Münch

mercredi, mai 02, 2007

Digression sur la danse

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer...

Ces quatre murs qui m'entourent, le silence de mon studio; tout cela m'oppresse parfois. Besoin d'espace, m'y déployer - oiseau qui étend ses ailes pour danser.
Danser, le mot est lâché. Quoi que je fasse une force me pousse à y revenir sans cesse. Non pas que j'aie un réel talent dans ce domaine - à presque 25 ans, il est un peu tard - mais... un désir, une envie, une flamme m'habite. Danser est en quelque sorte une forme d'oxygène; sans, je dépéris. Bouger, mouvoir mon corps dans l'espace, exprimer quelque chose avec ce matériau brut; entrer en contact avec l'autre sans l'usage de la parole, mais avec la force du silence et cette corporéité que l'on bafoue ici, en Occident. On a beau dire, on a beau faire : le corps reste un tabou ou, au-moins, quelque chose de problématique. Commen revenir sur des millénaires de refus, de rejet, de déni? A l'origine même de la pensée occidentale se terre cette problématique : le corps rejeté. Il est un tombeau pour l'âme, il l'empêche de s'élever pour rejoindre le monde des Idées. Nos sensations sont trompeuses. Ah, la chute originelle, le péché! Expliquée, elle aussi, par cette faiblesse toute corporelle.

Voilà pourquoi la danse m'attire autant. Elle me permet de réconcilier l'inconciliable. Sans elle, je serais prisonnier, j'aurai perdu contact avec cette part de moi qui, même si elle est périssable et mortelle, n'en est pas moins digne et respectable.
Ah! douce ivresse de la danse; à la fois lâcher prise et maîtrise, construction de sens à partir du mouvement, Inspiration et Expiration originelle, souffle créateur premier. Le premier art ne peut être que celui-ci : la danse! Avant même la musique, avant même la maîtrise du trait et des couleurs, avant même la parole, il y avait le mouvement. Un mouvement qui faisait lien entre l'humain et le divin. Peut-être de là découle ce caractère quasi sacré, religieux que l'on éprouve à la vision d'un spectacle de danse?

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer!

Et ce ne sont pas les quelques mètres carrés de mon studio, aménagés à cet effet, qui me le permettent. Alors je glisse, virevolte, pirouette sur ces pages (étriquées elles aussi, mais néanmoins plus ouvertes), je troque mes ailes de danseur pour la plume et l'encre. Cependant en mon ventre, ce lieu d'où partent tous les mouvements pénétrés et ressentis au plus profond, avec parfois grande violence; en mon ventre, disais-je, bouillonnent ces envies, ces désirs, ce besoin essentiel et vital de communiquer par le corps ce que la bouche retranscrit si imparfaitement...


Edouard

Vidéo : Cullberg Ballet, Sleeping Beauty, Musique de Tchaïkovsky, chorégraphie de Mats Ek.

dimanche, février 18, 2007

Comme un dimanche

Encore un dimanche de passé, ou presque. J'avoue que je n'ai jamais aimé le dimanche. Il y a quelque chose de mélancolique, ou qui me rend mélancolique, dans ce jour de la semaine. Cela provient probablement de cette sensation d'achèvement du week-end; lundi pointe déjà le bout de son nez et avec lui s'envolent les promesses de farniente, de fêtes et autres amusements.

Encore un dimanche de passé, passé seul dans ma garçonnière. Un dimanche à regarder One Tree Hill, tout en me disant que j'aurai mieux fait de lire. J'avais pourtant Le Journal du séducteur de Kierkegaard qui m'attendais, mais non, j'ai préféré me morfondre devant une série pour ados. Et plus les épisodes s'alignaient et plus je me recroquevillais, comme une araignée morte, dans une sorte mélancolique béatitude; il est parfois si doux de se complaire dans son désespoir.

Comment ne pas sentir l'aiguillon de la mélancolie m'injecter son venin... Tout est si simple, si beau, si parfait dans une fiction télévisée. Il n'y a qu'à écouter les dialogues pour s'en convaincre. Tout semble si limpide alors qu'en réalité rien n'est évident. Dans la vie réelle, les silences embarrassés se succèdent, les conversations sont souvent maladroites ou à côté de la plaque.
Et puis... et puis... il y a surtout les relations sentimentales, passages obligés dans toute bonne série de ce genre. Là aussi, tout est si simple, même quand les scénaristes cherchent à compliquer les choses, on est tellement loin de la réalité! Je crois que c'est cela qui me blesse le plus, car je me replonge dans mes jeunes années et la mise en parallèle de la fiction et de la réalité ne correspond en rien. Ou plutôt ne me correspond en rien. J'aurai voulu être comme tous ces jeunes qui alignent histoire sentimentale sur histoire sentimentale ou alors qui n'ont qu'un amour durant leur jeunesse, mais... je le dis souvent, la vie est cruelle. Arrivé à 20 ans, j'étais vierge de tout; de vie et d'amour. J'étais un habitué du " T'es sympa, mais ça s'arrête là", " Je préfère qu'on reste amis", "Je ne suis pas prête pour ce genre de relation en ce moment" et autres phrases assassines. Si je me penche sur ma vie sentimentale passée, je me rends compte qu'elle s'est inscrite en creux. Quand tous les autres expérimentaient leurs premiers flirts, moi j'essuyais mes premiers refus. Et vous n'imaginez pas les répercussions que cela peut avoir sur un adolescent timide, mal dans sa peau, persuadé d'être d'une laideur repoussante (alors qu'il n'en est rien, ce qui est un comble...) qui fait pourtant preuve du plus grand courage lorsqu'il ose enfin, malgré le malaise et les mains moites, avouer ce qu'il ressent.

"Je ne suis pas prête en ce moment pour ce genre de relation", pourtant elles étaient prêtes pour d'autres garçons que moi. Mais oui, vous savez, ceux-là qui sont si cool, si sûrs d'eux. Le genre mauvais garçons - et souvent ils l'étaient. On ne peut pas faire le poids à côté, avec notre gueule d'ange et notre air si gentil. En tout cas, je ne faisais pas le poids. Je voyais les couples se faire et se défaire autour de moi, un vrai manège; ça avait l'air amusant, mais... je n'avais pas de jetons pour participer ou alors la place était déjà prise...

Alors aujourd'hui, en regardant cette série, j'étais pris par des émotions paradoxales vis-à-vis de toutes les scènes de flirts, de baisers ou celles remplies de tendresse : je sentais ce sourire niais et béat s'afficher sur mon visage, mais en même temps j'étais remplis d'une tristesse indicible. Elles sont passées ces années, je ne peux plus rien y changer. Je ne saurai pas ce que cela fait d'avoir une petite copine durant mon adolescence. La naïveté, la fraîcheur de ces amours, je n'ai pas pu y goûter. J'ai dû me contenter de l'amertume...

J'avais promis dans un récent commentaire qu'il y aurait un retour de la gaudriole sur ce blog, mais j'avoue qu'en ce moment j'ai besoin d'exorciser mes amours de jeunesse pour aller de l'avant et l'écrit me semble un bon support. Ce qui ne veut pas dire que ces lieux vont devenir sinistres, j'aime user d'humour pour raconter des événements personnels, rappelez-vous (ici, ici et ici). Autant dire qu'un "feuilleton" concernant ma vie sentimentale passée va voir le jour d'ici peu. J'espère ne pas trop vous ennuyer.

Edouard

Ps : si mes camarades de blog veulent inverser la vapeur pour insérer de la vraie gaudriole, j'en serai ravi. Je me sens un peu seul en ces lieux, en ce moment.