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mercredi, mai 02, 2007

Digression sur la danse

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer...

Ces quatre murs qui m'entourent, le silence de mon studio; tout cela m'oppresse parfois. Besoin d'espace, m'y déployer - oiseau qui étend ses ailes pour danser.
Danser, le mot est lâché. Quoi que je fasse une force me pousse à y revenir sans cesse. Non pas que j'aie un réel talent dans ce domaine - à presque 25 ans, il est un peu tard - mais... un désir, une envie, une flamme m'habite. Danser est en quelque sorte une forme d'oxygène; sans, je dépéris. Bouger, mouvoir mon corps dans l'espace, exprimer quelque chose avec ce matériau brut; entrer en contact avec l'autre sans l'usage de la parole, mais avec la force du silence et cette corporéité que l'on bafoue ici, en Occident. On a beau dire, on a beau faire : le corps reste un tabou ou, au-moins, quelque chose de problématique. Commen revenir sur des millénaires de refus, de rejet, de déni? A l'origine même de la pensée occidentale se terre cette problématique : le corps rejeté. Il est un tombeau pour l'âme, il l'empêche de s'élever pour rejoindre le monde des Idées. Nos sensations sont trompeuses. Ah, la chute originelle, le péché! Expliquée, elle aussi, par cette faiblesse toute corporelle.

Voilà pourquoi la danse m'attire autant. Elle me permet de réconcilier l'inconciliable. Sans elle, je serais prisonnier, j'aurai perdu contact avec cette part de moi qui, même si elle est périssable et mortelle, n'en est pas moins digne et respectable.
Ah! douce ivresse de la danse; à la fois lâcher prise et maîtrise, construction de sens à partir du mouvement, Inspiration et Expiration originelle, souffle créateur premier. Le premier art ne peut être que celui-ci : la danse! Avant même la musique, avant même la maîtrise du trait et des couleurs, avant même la parole, il y avait le mouvement. Un mouvement qui faisait lien entre l'humain et le divin. Peut-être de là découle ce caractère quasi sacré, religieux que l'on éprouve à la vision d'un spectacle de danse?

Besoin d'espace! J'aurai tellement besoin d'espace pour me déployer!

Et ce ne sont pas les quelques mètres carrés de mon studio, aménagés à cet effet, qui me le permettent. Alors je glisse, virevolte, pirouette sur ces pages (étriquées elles aussi, mais néanmoins plus ouvertes), je troque mes ailes de danseur pour la plume et l'encre. Cependant en mon ventre, ce lieu d'où partent tous les mouvements pénétrés et ressentis au plus profond, avec parfois grande violence; en mon ventre, disais-je, bouillonnent ces envies, ces désirs, ce besoin essentiel et vital de communiquer par le corps ce que la bouche retranscrit si imparfaitement...


Edouard

Vidéo : Cullberg Ballet, Sleeping Beauty, Musique de Tchaïkovsky, chorégraphie de Mats Ek.

jeudi, janvier 18, 2007

Encore un peu de digression?

2007 aura ma peau... enfin ça c'est ce qu'elle croit. Elle a beau m'envoyer toute son armada de virus, je résisterai, je lutterai encore et encore.

Voilà bien trois semaines que je passe par tous les états possibles, imaginables et même inimaginables; à chaque fois que je me dis "ah, cette fois-ci c'est fini, je suis guéri", eh bien non... En plus il paraît que la grippe va bientôt arriver. Mince, moi qui pensait l'avoir attrapée... il semblerait que ce ne fût le cas.

Ce qui est embêtant dans l'histoire c'est que la maladie me force à me cloîtrer dans mon appart', alors même que je suis dans une phase où j'ai un grand besoin de rencontrer du monde, d'aller vers l'autre, d'organiser ou de participer à des fêtes. C'est quelque chose d'assez neuf pour moi. Auparavant j'attendais dans mon coin que l'on vienne me chercher et vous savez quoi? Cette technique ne marche absolument pas; allez savoir pourquoi... Le plus étonnant, c'est que non seulement je me bouge les fesses, mais, plus surprenant encore, je me rends compte que les personnes que je côtoie ou que j'ai rencontrées sont ravies et ont du plaisir à passer du temps avec moi. Et, cerise sur le gâteau, ils me renvoient une image positive de moi-même sur des points auxquels je n'aurai même pas songé. J'ai deux exemples assez parlant - de mon point de vue.

Le premier, c'est un sms que j'ai reçu d'une copine qui fait du Japonais avec moi. C'est quelqu'un avec qui je m'entends bien, on peut facilement délirer avec elle et franchement qu'est-ce que ça fait du bien. Mais bon j'avais un peu perdu contact avec elle vu qu'elle a mis l'étude du Japonais un peu entre parenthèse pour se consacrer à son autre branche, l'histoire de l'art. Quoi qu'il en soi, j'ai eu l'occasion de la revoir cette année et voilà qu'elle me propose d'aller faire du badminton avec une copine à elle. Et bon sang qu'on a rit : un grand moment de n'importe quoi. Je ne suis pas un as de ce sport, mais je me donne quand même à fond, tout en faisant le pitre. Ce qui permet de bien faire travailler son corps, tout en ne négligeant pas ses zygomatiques... Et voilà qu'une fois chez moi, elle m'envoie un messages qui, je dois bien l'avouer, m'a fait chaud au coeur. Le voici : "merci pour ta bonne humeur et ton accueil! Il faudra que quelqu'un pense un jour à te décorer pour ta sociabilité!" On m'avait accusé de tout dans ma vie, mais pas encore de sociabilité... Cela me ravit.

Le deuxième, c'est de m'apercevoir que certaines personnes, pour lesquelles j'ai énormément de respect et que je considère comme des modèles d'intelligence mais néanmoins d'ouverture d'esprit et de fantaisie, recherchent ma compagnie. Pour quelqu'un qui doute énormément et surtout de lui-même, cela a quelque chose de réconfortant. Une de ces personnes m'a dit aussi quelque chose qui m'a pas mal marqué, positivement. On discutait de choses et d'autres et voilà qu'on en vient à la traditionnelle discussion sur les filles, l'amour et tout ça. Et comme plusieurs personnes étaient célibataires dans le groupe, chacun y allait de la durée qu'il l'était. "Moi deux, mois", "haha, moi six mois", etc. Je laissais monter les "enchères" et me fendit d'un "je vous bas tous, moi ça fait plus de deux ans que je célibate". Regards incrédules. "Quoi? tu vas pas me dire que quelqu'un d'aussi beau [sic] et d'aussi sympa est encore célibataire?!!!"
En soi ça n'est pas grand chose, mais Dieu sait si ces mots m'ont touché. Ils étaient spontanés, sincères et tombaient à pic vu que, depuis quelque temps, je suis plutôt en crise.

Alors aujourd'hui, alors que j'éructais dans mon appart', me disant que 2007 aurait ma peau, j'eus soudain un terrible besoin d'une féminine compagnie. Effectivement il est trop bête que quelqu'un comme moi ne soit pas capable de construire une relation solide. Deux ans sans histoire sentimentale suite à une non-histoire (un jour je ferais peut-être une note là-dessus), c'est quand même un peu abusé... mais disons que depuis, j'ai assez peur que mes ailes ne se brûlent un peu plus à l'impitoyable soleil de mes amours...

Edouard

Ps: 2007, année de la "séduction et de la (re)construction"... L'année de tous les possibles dans ma vie sentimentale, j'en suis sûr.

Tableau : La nuit étoilée, VAN GHOG

jeudi, septembre 21, 2006

Digressions d'automne II

Nous sommes dans une société qui accorde une telle importance aux actions éclatantes que, parfois, il m'arrive de culpabiliser de ne pas accomplir de tels hauts faits! C'est totalement absurde, j'en conviens. Mais... mais, nombre de mes contemporains sont dans des associations diverses, voyagent à l'autre bout du monde, savent ce qu'ils vont faire de leur vie... et moi, moi je reste souvent cloîtré chez moi, je ne sors que rarement de Suisse et ne sais toujours pas de quoi sera fait mon futur...
Il faudrait peut-être arrêter de se comparer aux autres. Chacun devrait pouvoir évoluer à sa guise et selon son rythme! Mais c'est assez utopique et, en plus, cela ne nourrit pas son homme. Il y a des contingences que l'on ne peut oublier : manger, boire, dormir, pour les plus évidentes. Cependant l'homme ne se contente pas que de cela; en tout cas je ne me contente pas que de cela : j'ai un besoin énorme d'art et de beauté. Hélas, je crains que ces deux notions ne soient bafouées depuis le début du XXe siècle! En effet, entre les révolutions bolchéviques et leurs cortèges de larmes et de sang, les deux Guerres mondiales et leurs lots d'atrocités et de sang versé, le nombre incalculable de génocides en tous genres et donc de sang, de dictatures sanglantes et autres... Comment reconstruire l'humanité alors que la terre a bu tant et trop de sang qu'un jour une goutte de trop la fera rendre ce trop plein?
Comment reconstruire aussi ces notions d'art et de beauté bafouées part l'art de l'horreur et l'attrait de la laideur? Je crois qu'aujourd'hui, peut-être encore plus qu'hier, ces notions doivent être au centre des préoccupations esthétiques, littéraires ou humaines; elles doivent être réinventées. Que l'on quitte cette beauté superficielle et artificielle qu'on nous impose par la publicité et les médias; beauté inventée par des personnes ne sachant ce que c'est. Et dire que ce mirage, cette illusoire beauté crée des problèmes pour ceux qui ne correspondent pas à ces canons ( amusant que ce terme puisse aussi être un terme guerrier...)!
Voilà, je m'emporte... alors que je n'y connais rien à rien. C'est assez gonflé de ma part, mais... " rien de ce qui est humain ne m'est pas étranger", n'est-ce pas?

Edouard

tableau : Les vieilles au miroir, Goya

lundi, septembre 18, 2006

Digression d'automne I

J'aime beaucoup le moment où je verse du lait ou de la crème dans un verre de thé bien chaud. Les nuages qui se développent et s'élèvent dans la tasse, se déploient en larges volutes... Ce moment a, pour moi, quelque chose de magique et est extraordinairement joli. C'est un de ces petits plaisirs fragiles que je m'accorde. En soi, il n'y a là rien de bien exceptionnel. C'est le regard porté sur cet événement qui me le rend tel. Le regard que nous posons sur les choses ou sur les événements a donc une importance capitale.

J'aimerai assez parvenir à me faire le chantre de l'anodin perçu comme extraordinaire ou exceptionnel, voire poétisé. Cela me fait penser à la chanson Mrs Bartolozzi du dernier album de Kate Bush, une artiste que j'aime tout particulièrement. Cette chanson raconte le quotidien banal d'une mère de famille qui lave son linge, le suspend, le plie. Rien de très particulier ou de renversant. Et pourtant! pourtant... ce quotidien est rendu extraordinaire de par l'amour qu'elle a de faire cela pour des gens qui lui sont chers. De plus ce linge qu'elle lave ou qui sèche est représentatif des personnes qui les portent; ils prennent donc une symbolique énorme, ils sont chargés émotionnellement. Le quotidien morne et inquiétant est sublimé par le mouvement répétitif et régulier de la machine à laver qui tourne et tourne et tourne encore, afin de rendre propre ce qui était sale.
Autant dire que cette chanson est, de mon point de vue, un moment de beauté et de mélancolie joyeuse qui rend toute sa dignité au dur métier de mère; métier qui ne comporte aucun moment de répit.
Et si Kate Bush parvient par la musique à sublimer le quotidien, pourquoi n'y arriverai-je pas par l'écrit?

Edouard

tableau : Lorien, Alan Lee

lundi, juillet 17, 2006

Ah l'été!

L'été est assez paradoxal : d'un côté c'est l'apogée du sacre de la nature, elle flamboie dans toute son arrogante jeunesse; de l'autre elle porte en elle les traces de son futur déclin. On retrouve ce paradoxe, en été, au niveau de la sensualité, car l'été est la saison la plus sensuelle qui soit : il fait si chaud que les peaux deviennent moites et revêtent des colliers de sueur; elles n'en deviennent que plus appétissantes. Quoi de plus beau en effet que de voir luire de cet éclat mat la vertigineuse naissance d'un décolleté; promesse de joutes épiques... Cependant si les chairs sont sublimées sous l'effet de la chaleur, il fait si chaud que tout tentative d'étreinte aux heures incandescentes relève de la folie pure, d'un désir suicidaire ou d'un acharnement sans failles.
Mais la sensualité n'est-elle pas justement cette exacerbation de toutes ces facultés érotisantes du corps sans sa possession? N'est-on pas plus sensuel tant qu'il n'y a pas assouvissement de ces pulsions sexuelles qui tendent à nous faire passer dans l'érotisme, du plus suggestif au plus cru? En ce sens l'été est bien la saison la plus sensuelle - ce qui ferait de l'hiver la plus érotique, puisque dans la froidure hivernale les corps ont besoin de se posséder - qui sublime les corps de cette moiteur qui anéantit la volonté. On se retrouve dans la position d'une arrogante jeunesse qui vivrait, insouciante, dans un jardin des délices; sans honte et sans pudeur, jouissant de tous ces plaisirs que l'on prend et donne lors de préliminaires, sans jamais subir ce moment fatidique qui fait dire à Saint Thomas d'Aquin "post coïtum animal tristis est", alors même que l'heure du déclin s'annonce au loin pour qui sait lire les signes.

L'été c'est tout cela à la fois et c'est ma saison : j'y suis né, je revis à son approche, je m'y épanouis comme la fleur, je me recharge à son soleil incandescent, je me rafraîchis à ses orages passagers; bref je l'aime comme cela!

Edouard

Judith et Holopherne, Gustav Klimt

mardi, juillet 11, 2006

Une nouvelle digression (cela faisait longtemps)

Ces dernières semaines ont été une véritable course et expliquent mon absence; que d'occupations : le baptême de mon neveu Arthur, le mariage de ma petite soeur Aurélie, des sorties diverses, le mariage de mon frère Frédéric, la préparation de mes examens, les examens , les 40 ans de mariage de mes parents!

Que dire? les mariages se suivent et ne se ressemblent pas. Et voilà que deux membres de la famille, sur sept, ne sont pas mariés - dont moi. Désormais les "et toi quand comptes-tu te marier" vont se faire plus fréquents; et ils ont déjà commencé! Comme si on ne pouvait exister que dans le mariage. On accède à un statut social en se mariant, hors de cela on n'existe pas ou dans une existence amoindrie (selon ceux qui sont mariés, bien évidemment). Sincèrement je préfère mon statut d'homme incomplet, à l'obligation de me plier à la pression sociale... Comme tout cela peut être ridicule. Je n'embête pas les couples, alors qu'on me laisse tranquille avec mon célibat.
Et puis, pourquoi devrais-je me marier? Je suis encore aux études, je n'ai pas de revenus; pourquoi me mettrais-je dans le pétrin en cherchant compagne? Il y a des priorités dans la vie et épouser n'en est pas une pour le moment. Je préfère en plus apprendre à me connaître plutôt que d'infliger mon désordre intérieur à une autre qui pourrait être tout aussi désordonnée. Non, non, l'heure est aux petites expériences, aux amours sans grandes conséquences ou sans lendemain. Pour le reste, je verrai plus tard; qu'on me fiche la paix!
Il est fou de constater à quel point la pression sociale peut devenir énorme passé un certain âge. Il faut rentrer dans le rang, se laisser policer, obéir, être un mouton; hors cela on est potentiellement un menace pour la société. Elle a besoin de ces couples, ne serait-ce que dans le fait qu'un couple peut produire un enfant qui nourrira les rouages assoiffés de sang de dame société - bons petits soldats, va!

Et moi dans tout cela, comment me positionner? Toujours dans ce balancement inconfortable qui me place ni tout à fait d'un côté, ni tout à fait de l'autre. Prenons un exemple, je suis Valaisan d'origine et je fais mes études à Genève; eh bien voilà que je me sens tiraillé entre mon amour de la nature valaisanne, de cette proximité naturellet et de l'attrait de la vie en ville avec tous ses avantages, son anonymat... Autre tiraillement, entre ma vie de Suisse que j'aime et des origines françaises qui m'appellent. Enfin, et pour retomber sur mes pattes, un tiraillement entre ma vie de célibataire qui me permet une énorme liberté, mais un manque affectif; et une vie sentimentale potentiellement épanouissante, mais qui me priverait de cette liberté dont je jouis actuellement.
Voilà très schématiquement et très succintement des points qui m'interpellent en ce moment. Il n'est d'ailleurs pas impossible que j'en reparle prochainement.

Edouard

Tableau : Liberté de Delacroix

vendredi, mars 03, 2006

Digression coite

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Florian

lundi, février 20, 2006

Nouvelle digression

Ne peut-on trouver de la constance dans l'inconstance? J'aime assez ce genre d'opinions paradoxales où le langage se heurte à la logique ou au bon sens. Cela met le doigt sur la force du langage, capable d'aller au delà d'un stade logique, sensé, pensé.
Il y a bien là quelque chose d'étrange : la sacro-sainte logique mise à mal par l'apparente innocence des mots. Ils n'ont l'air de rien, mais ce sont parfois de véritables armes. En y réfléchissant un peu, les mots ne sont qu'une transcription imparfaite de notre pensée, de nos sensations, de nos émotions. Toute puissance de l'esprit? de la sensation? Il faut d'abord formuler les choses dans son esprit avant de le formuler avec des mots.

Où donc je veux en venir? J'avoue ne pas le savoir moi-même... Je devrais apprendre à maîtriser le tressaillement frénétique de ma plume, et aussi celui de mon cerveau! Je suis le champion de la digression, ce cahier en est la preuve. Dans mon esprit les choses se font et se défont à une vitesse folle : mon esprit vagabonde, erre, se perd, se reprend, divague, invente, crée, imagine, fantasme, se suspend, tranche, juge, ... et tout cela quasiment en même temps. Il y a peut-être quelque chose de chaotique et en même temps de très réglé, ordonné dans tout cela. Etrange, vraiment très étrange.
En même temps c'est une facette de ma personne que j'apprécie : cela donne de la richesse à ma pensée, de la vie. Un rien peut facilement me distraire et m'amuser; un rien et c'est un monde entier qui s'offre à moi. Puissance de l'imagination, merveille de créativité... Encore me faudrait-il être capable de maîtriser cela; apprivoiser cette partie sauvage : c'est un fier cheval qui se cabre, rue, ne se laisse pas facilement dompter (d'ailleurs même apprivoisé il n'en reste pas moins sauvage)...
Je m'y attelle jour après jour; humblement, modestement. Je crois malgré tout que je commence à y parvenir. J'ai déjà réussi à franchir un grand pas : je m'accepte tel que je suis. Un grand pas? Non, un bond de géant! comme dans les jeux de l'enfance - cette période de la vie où l'esprit est le plus vif, le plus sauvage... Oui, je m'accepte et je suis en paix avec moi-même. Etrange sensation. Je ne sais si elle durera, mais je goûte avec plaisir ces moments de quiétude.

La vie est merveilleuse, quoi qu'on en dise; il ne tient qu'à nous de la parer de nos plus beaux atours! Elle n'est jamais que ce qu'on en fait et, si votre vie vous paraît terne, il ne tient qu'à vous d'y ajouter de la couleur, de la poésie; de l'art en somme.

Edouard

tableau de Jawlensky

dimanche, novembre 27, 2005

Réflexions d'octobres


L'année suit son cours régulier et monotone. L'automne étend ses bras généreux et l'homme recueille les fruits de son dur labeur. Dans les vignes que le soleil a rougies se récolte le raisin en vue d'en faire, ô consolation, du bon vin. Bientôt l'hiver chassera les derniers beaux jours et étendra sur le monde son souffle glacé.

Dans un petit appartement soupire un homme que la vie ne touche jamais. Collé aux carreaux de ses fenêtres il observe, se disant que... peut-être...
Il rêve de rencontrer des lèvres plus douces que les siennes. Il rêve, mais c'est inutile, de rencontrer cette autre que lui qui le ramènerait sur les bords tumultueux de la vie. Il rêve - mais qu'est-ce que le rêve si ce n'est une illusion qui vous blesse - que ces quelques mètres carrés seraient parfois un peu plus habités.
Las! Las! La réalité est cruelle, morne et laide. Il préfère se réfugier dans le silence d'un cahier. Les jours avancent et se ressemblent, le conduisant inexorablement vers son anéantissement. Qu'aura-t-il fait? Qu'aura-t-il dit? Il ne le sait, mais qui sait où la vie nous mène?
A tout cela il préfère l'oubli et l'ivresse que procure la danse. Il pirouette, il s'envole, il retombe, se relève... Il rejoue dans l'art la cruelle condition humaine; il la transcende, la rend moins cruelle. Sa danse est pareille au chant du cygne : sublime, éphémère et mortelle.
On ne fait que danser au bord du gouffre; nos tombes sont creusées et n'attendent plus que nous. La danse rend cette réalité plus légère. Allons au bal avant de rejoindre les anges! Enfilons les ailes de l'Art avant de mourir pour de bon. Sublimons, sublimons, sublimons.
Comme le raisin se cueille et, après de nombreuses opérations, se boit devenu vin; cueillons la vie à pleine mains et transformons-la pour qu'elle devienne Art. Ce monde a besoin de Beauté pour survivre.

Edouard

Tableau de Poussin

jeudi, septembre 15, 2005

Digressions le retour


C'est, pour changer, un homme heureux qui parle. J'en ai eu assez de me morfondre, de déprimer et j'ai eu besoin de reprendre ma vie en main. Je n'ai que trop passé de temps à analyser ma vie, à essayer de comprendre ce que l'on ne peut comprendre que j'ai fini par en oublier de vivre. Ces dernières années j'ai plus survécu qu'autre chose et il était temps que je tourne la page.

Aujourd'hui une amie a regardé des photos de moi plus jeune : bébé, enfant, adolescent... Elle a eu de la peine à me reconnaître. Je suis donc bel et bien une autre personne : une sorte de prisme composé de ces diverses facettes qui ensembles forment ce que je suis ajourd'hui, mais pas uniquement. Penser ça seulement reviendrait à être prisonnier de ce que l'on a vécu et je pense que l'on a toujours la posibilité de prendre/reprendre sa vie en main. Pas de fatalisme, mais une succession de choix avec une marge de manoeuvre plus ou moins large. Je me suis toujours dit que l'on avait le choix, la liberté. Même quand on pense être coincé, que l'on n'a pas le choix, il y en a un : on choisit cette voie qui semble toute tracée alors qu'on aurait la possibilité de ne pas la suivre et d'en assumer les terribles ou cruelles conséquences. La liberté est au centre de l'homme, peut-être est-ce là le propre même de l'homme : être libre! Cela nous pose un lourd fardeau sur les épaules. Il nous faut choisir et, si possible, bien choisir... ce n'est hélas pas toujours le cas.

L'écriture a cela d'étonnant qu'elle nous entraîne parfois vers des chemins qu'on ne pensait pas emprunter. On veut parler de telle ou telle chose et paf! on se retrouve à en parler d'une autre. On digresse. On progresse. On avance et au final on découvre, on se découvre. Ici j'ai pris l'habitude de ne pas brider ou de brider le moins possible mon babillage et je suis souvent le premier surpris de ce que je note, explique, etc. Je ne pensais pas pouvoir arriver à de telles explications/réflexions sur tel ou tel sujet. J'avais fini par m'imaginer ne plus avoir d'opinion sur rien et je me trompais. Je remarque que les sujets moraux ou avec une implication plus "philosophique" m'intéressent et me passionnent toujours autant. Je m'aperçois aussi que ce qui à trait (attrait?) à l'écriture m'intéresse énormément. J'ai parfois l'impression que ce cahier (ndl : j'écris dans un cahier avant de le mettre sur internet), ce dialogue avec moi-même - et peut-être aussi avec toi qui me lis - me permet de mettre en place ma propre esthétique littéraire, par couches successives, à la manière des peintres impressionnistes. Qui sait où tout cela me mènera? Peut être à rien qui sait? mais le temps n'aura pas été vain. Je l'aurais au-moins occupé de manière constructive.
Le temps passe... je devrais me coucher, je travaille demain. J'ai pourtant l'impression d'avoir autant à dire que je n'ai rien à dire. J'aime les paradoxes, je les cultive. Quel joli mot paradoxe! Il éclate en bouche comme un bonbon acidulé.
Le langage exerce parfois sur moi une fascination. Un mot surgit et ne me quitte plus pour un moment. Il y a tant de beaux mots dans notre langue et aussi dans les autres. L'allemand a une réserve de mots délicieux, c'est une langue de gourmets : ah! zufrieden pour dire content. Voilà un terme qui exprime la joie; schrecklich pour dire affreux, il suffit de le prononcer et on comprend instantanément sa signification; sterben pour mourir, il commence dans un sifflement, se poursuit dans un sursaut et disparaît dans une nasale qui indique l'arrêt brutal, la fin.
J'aime la langue allemande. Je m'en suis rendu compte il n'y a pas si longtemps. Après des années à haïr ce langage (mais n'y sommes-nous pas conditionnés par notre système scolaire?), je m'aperçois que je l'aime. Oh, je n'ose pas encore trop le parler, cependant je décèle ses acccents chantants, ses subtilités langagières et sa rigueur. Je comprends pourquoi de très grands philosophes étaient Allemands : le pays pousse à la réflexion, le langage ne fait que croître cela. En allemand, un mot est difficilement remplaçable par un autre. Ils ont tous une nuance, une coloration particulière. Le français, à ce niveau, est plus flou, plus souple. L'allemand exige plus...

Houla le temps passe trop vite... Je dois vraiment dormir. Assez divagué pour aujourd'hui!

Edouard

Tableau, Monmartre, Van Gogh

dimanche, septembre 11, 2005

Digressions sur la solitude

La vie est parfois délicieusement drôle. Les jours se ressemblent et s'entassent comme des coquilles vides, se suivent et s'enchaînent selon le même modèle. On aimerait que ça change, que quelque chose d'inédit se passe et rien... rien n'arrive! Ce n'est que l'indolent train-train qui a lieu : lever (seul), petit-déjeûner (encore seul), lavage, habillage, moment d'étude, aller en cours ou travailler, déjeûner (seul, encore...), retour au cours, dîner (toujours seul) et finalement déshabillage et dodo (décidément encore et toujours seul; plus seul que jamais).
On aimerait que quelqu'un fasse une entrée fracassante dans cette existence sèche et étriquée, nous enlève et nous emmène loin loin de ce cercle vicieux. Quitter pour toujours ces terres dépeuplées, revenir vers la civilisation, entendre à nouveau le son de sa voix, discuter, dialoguer, partager, être tour à tour bouche et oreille, glisser des mots doux par la fenêtre de ses yeux... prendre une main... sentir son coeur battre... à nouveau... sensation oubliée depuis longtemps déjà... un visage qui se penche... des lèvres offertes... une main qui s'avance... caresse et danse... des corps enlacés... enflammés... embrasés par le désir et qui désirent s'unir...

Seul dans mon appartement, je colle ma tête aux carreaux des fenêtres et je regarde le monde avancer. Sans moi.
J'erre entre ces quatre murs - ce nouvel utérus - où la vie s'arrête, momentanément. La douleur est moins vive à l'écart du monde et des gens : plus besoin de subir les assauts incessants de ces foules enlassées, en groupe de deux, trois, quatre ou plus; ces groupes qui vous renvoient sans cesse l'image désolante, sale, laide, humiliante de votre solitude.
J'aimerais parfois disparaître, me rendre invisible plutôt que d'errer sans but dans ces rues anonymes, espérant que... sait-on jamais... des fois... Mais rien ne se passe. Rien. Jamais.

Vingt-trois ans et un constat amer sur ces jeunes années, sur mes jeunes années. Est-ce encore moi dans ce passé incertain, si proche et si lointain? Qui est cet autre que moi, cet autre qui fût moi? autrefois...

Edouard, ce qui signifie gardien des richesses en vieil anglais...

Tableau, Die Erfüllung, Gustav Klimt

mardi, septembre 06, 2005

Digressions

Aujourd'hui je me suis rendu compte que la ville porte désormais la trace indélébile de mon passage. Mon/mes fantôme(s) et ceux des autres aussi errent sans fin et pour l'éternité dans les rues de ce monde.
Au détour de cette ruelle, je retrouve mon fantôme, mon ombre embrassant une jeune femme, une amante... Dans un autre lieu c'est moi, seul, que j'observe. Seul, souvent, toujours. En ce sens la danse ressemble énormément à la vie. C'est l'art qui s'y approche le plus puisqu'elle ne fixe pas pour toujours son expression dans une forme donnée. Elle laisse une trace indélébile et éphémère dans l'espace et le temps. Un mouvement à peine esquissé s'évanouit mais imprègne aussi le lieu de son passage. Expression aussi du temps qui passe. Multiplication des temporalités. Expression d'une sensibilité. Multiplication des possibilités.
Voilà pourquoi j'aime la danse, cet art complexe, si difficile d'accès, qui se mérite. La danse est si proche de notre condition humaine si risible en soi. Nous ne tenons qu'à un fil, pauvres marionnettes douées de vie que nous sommes. Et le couperet n'est jamais loin, prêt à trancher dans le vif. Marionnettes sans vie, ridicules, grotesques sans le mouvement créateur... Squelettes au rire plein les dents... Squelettes qui surgissent de leur tombent et entament une danse macabre avant d'y retourner...
Absurde! le mot est lâché. On nous donne la vie pour nous la reprendre et tout n'est que contraintes, larmes et sang. Des rire, du plaisir, parfois. Peu, trop peu, si peu en comparaison de l'océan de souffrance dans lequel nous marinons. Alors pourquoi cette masquarade? Qu'y a-t-il de l'autre côté du miroir? Le pays des merveilles? Je l'espère, je l'espère...
J'ai peur de l'ultime vertige. Ce moment où tout se fige et où l'Inconnu tend ses bras dont on ne sait rien... Angoisse. Ne pas y penser. Vivre tant que l'on peut. Faire au mieux pour vivre aux mieux. Ne pas quitter ce monde avec regrets et essayer tant bien que mal d'apporter un peu de joie et de bohneur à ceux qui nous entourent.
J'ai souvent ce défi de parvenir à faire sourire une personne durant ma journée : un caissière par exemple. Ma journée est "sauvée" si j'ai réussi à sortir une personne de la torpeur d'un quotidien morne, répétitif et ennuyeux. Agir comme un baume avec les gens les plus démunis face à l'indifférence,la bassesse et la médiocrité. Modestement... modestement...

L'humanité est capable du meilleur comme du pire et nous le savons mieux que quiconques nous qui portons sur nos épaules le souvenir, le fardeau, la culpabilité de ces atroces Guerres Mondiales. Une culpabilité s'est inscrite en nous. En nos âmes et nos esprits hurle un besoin impérieux : "PLUS JAMAIS! PLUS JAMAIS CA" Et le monde continue à se déchirer, à s'entretuer... Tout ne tourne plus que pour le fric. On a chassé l'humain au profit du profit et cela ne semble pas lui profiter!
Qui suis-je pour parler de cela? Tout et rien! Je rêve d'un monde plus juste, mais l'utopie ne mène nulle part.
Ouvre les yeux! Ouvre les yeux...

Edouard